JE PROTESTE
L’autre jour, un de mes spirituels confrères a porté sur le baromètre un jugement sévère. Il ne m’en voudra pas si je dis que ses critiques me paraissent injustifiées.
D’une manière plus générale, je voudrais répondre aux personnes qui sont portées à trouver que tout va mal.
Et, d’abord, les choses dont nous nous servons sont condamnées au mutisme éternel. Elles ne peuvent pas se défendre quand un brillant journaliste daube dessus. Les tourner en dérision, c’est donc remporter sur elles une victoire trop facile.
Et puis, ont-elles tant de défauts ? Quant à moi, je reconnais chaque jour leur grande utilité. Le baromètre fait ce qu’il peut. Sans doute, il n’est pas toujours à la hauteur des circonstances. Mais, à chaque instant, il est exactement à la hauteur où il doit être. Très sensible, il indique les moindres variations de la pression atmosphérique ; et ce n’est pas sa faute si les hommes donnent parfois à ces petites variations une signification qu’elles n’ont pas.
Le thermomètre a une conduite exemplaire : il monte quand la température s’élève et, dans le cas contraire, il descend.
Je suis satisfait aussi de mon moulin à café. Lorsque je lui confie mon excellent mélange « Moka-Java », et que je tourne la manivelle avec persévérance, c’est du café moulu que je trouve dans le tiroir de l’instrument, et non pas du plâtre pilé.
Je rencontre souvent des gens qui se plaignent des tramways. Ils disent : « Le tram n’est jamais là quand on voudrait le prendre. » Je proteste contre cette accusation. Le tram ne peut pas contenter tout le monde en même temps. S’il était là au moment où j’en ai besoin, il provoquerait la mauvaise humeur de Bolomey, qui l’attend à l’autre bout de l’avenue.
Je le certifie : je vois très fréquemment des couteaux qui coupent, des montres qui marchent bien, des allumettes qui s’allument quand on les frotte et des chaises qui résistent quand on s’assied dessus. À une époque où l’humanité nous offre un spectacle si inquiétant, sachons voir le bon côté des « choses ».