À rebours (1884) est un roman sans véritable intrigue narrative centré presque exclusivement sur des Esseintes, dernier héritier d'une lignée aristocratique dégénérée, qui se retire volontairement du monde et de la société dans une demeure aménagée selon ses goûts esthétiques les plus raffinés et les plus artificiels pour cultiver, loin de toute vulgarité et de tout naturel jugés méprisables, un art de vivre entièrement voué à l'artifice esthétique le plus poussé, collectionnant pierres précieuses, parfums rares, orchidées exotiques aux formes contre nature et lectures les plus raffinées de la littérature décadente et symboliste de son temps. Huysmans y développe, à travers cette existence recluse et entièrement vouée à la recherche du raffinement esthétique le plus artificiel possible, une véritable somme encyclopédique des goûts et des obsessions du mouvement décadent fin de siècle, des Esseintes multipliant les expériences sensorielles les plus étranges et les plus recherchées, orgue à parfums composé pour créer des symphonies olfactives, tortue incrustée de pierreries jusqu'à en mourir, ou fresques littéraires imaginaires, dans un refus absolu et systématique de tout naturel au profit d'un artifice esthétique poussé jusqu'à ses limites les plus extrêmes. Ce roman sans intrigue véritable, qui devient immédiatement à sa publication la bible incontestée de toute une génération d'écrivains et d'artistes décadents et symbolistes, influence considérablement des auteurs aussi divers qu'Oscar Wilde qui s'en inspire directement pour Le Portrait de Dorian Gray, illustrant l'influence considérable de cette œuvre sur toute l'esthétique fin de siècle européenne bien au-delà des seules frontières françaises. Par son influence décisive sur tout le mouvement décadent et symboliste, À rebours demeure l'un des romans les plus importants de la littérature fin de siècle européenne. Le roman ne connaît d'intrigue narrative véritable qu'en apparence : Barbey d'Aurevilly, pourtant peu suspect de complaisance envers le naturalisme ambiant, saluera le livre en prédisant à son auteur qu'il ne lui resterait plus, après un tel texte, qu'à choisir entre la bouche d'un pistolet et les pieds de la croix.