Albertine disparue (1925, posthume), sixième volume du cycle À la recherche du temps perdu, s'ouvre sur la fuite soudaine et inattendue d'Albertine, lasse de la surveillance étouffante et jalouse du narrateur décrite dans le volume précédent, puis sur l'annonce de sa mort accidentelle survenue peu après cette rupture, événement qui plonge le narrateur dans un deuil d'une intensité et d'une durée considérables, au cours duquel Proust développe une analyse psychologique remarquable du processus de deuil amoureux et de l'oubli progressif, montrant comment la douleur la plus vive finit inexorablement par s'atténuer avec le temps, non par un effort de volonté consciente mais par le seul travail insensible et involontaire de l'oubli qui érode progressivement même les chagrins les plus intenses en apparence. Le narrateur y mène également une enquête posthume obsessionnelle sur la vie secrète et les éventuelles infidélités homosexuelles d'Albertine de son vivant, poursuivant après sa mort même cette quête de vérité sur l'être aimé qui s'était révélée déjà vaine de son vivant, tout en découvrant progressivement, à mesure que le temps fait son œuvre, que ses propres souvenirs et sentiments envers la disparue s'estompent et se transforment insensiblement jusqu'à ce que la douleur initiale cède finalement la place à une forme d'indifférence presque totale. Proust y développe ainsi l'une de ses réflexions les plus profondes et les plus universellement reconnues sur le travail du temps et de l'oubli face au deuil amoureux, thème qui trouvera son aboutissement philosophique dans le dernier volume du cycle. Par sa méditation magistrale sur le deuil et l'oubli, ce volume approfondit l'une des réflexions les plus universelles de toute l'œuvre proustienne. Le titre même du volume, longtemps hésitant entre Albertine disparue et La Fugitive en raison d'un risque de confusion avec un recueil de Tagore récemment traduit, illustre les incertitudes éditoriales qui ont entouré la publication posthume de la fin du cycle proustien.