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Classiquesen Ligne

LXXIV

Philippe à Denise.

6 décembre.

Moi, cela me paraît charmant.

Allons donc, je retrouve ma Suzanne! jolie poupée intelligente, certes, mais surtout combien supérieure comme fille pratique. A travers quel prisme l'aviez-vous vue et me la présentiez-vous? Ah! quel beau troubadour vous êtes, ma chérie, et comme je baise avec tendresse et respect le bas de votre pourpoint.

Mais si, dans le fond, je suis ravi de la tournure prise par les événements, à la surface, je suis rageur. Dans son dédain de moi—notez que je le trouve tout naturel—votre nièce a touché la plaie de ma vie: «Si encore il faisait quelque chose, ce Philippe!» Ce doute de moi, cette éternelle hésitation qui me fait incapable de produire quoi que ce soit, qui me rend incapable, même de faire un mari,—la pire des conditions sociales à l'heure qu'il est, pourtant,—m'exaspère.

Elles n'ont pas tort, ces légères, de nous mépriser un peu; nous nous ressemblons trop par certains côtés pour qu'il en soit autrement. On ne choisit pas un sol mouvant pour y construire sa demeure. Au fond, il y a une grande leçon à tirer de son «si encore il faisait quelque chose». Je m'en sens l'âme tout humiliée de la bonne humilité.

Voyons, ma sage madame, un conseil: que diriez-vous si votre ami se décidait à faire de la politique? C'est la carrière des gens qui n'en ont pas. Des gros bonnets de mon pays m'ont dernièrement pressenti à ce sujet. J'avais réservé ma décision, voulant vous consulter à votre rentrée à Paris; mais les événements m'entraînent à vous en parler plus tôt. Vous connaissez la situation, dites sincèrement votre avis.

Tendrement à vous.