Scène XI.
Ah ! petit gueux ! petit misérable !… Et dire que j’ai eu beau chercher, que je n’ai pu trouver une…
C’est égal… il faut que je passe ma colère sur quelqu’un… (Il l’embrasse sans la voir.[37]) V’lan ça y est !
Tiens !…
Ah ! des carabiniers !… (Embrassant Fiametta.)[38] « V’lan ! ça y est encore !
Tiens !… tiens !…
Ah ! monsieur Alberto !… (Il l’embrasse.) V’lan ! ça y est toujours !
Tiens ! tiens ! tiens !
C’est toi, petite ?
Oui, monseigneur, c’est moi… v’là trois fois que c’est moi.
T’aurais-je embrassée ?
Je crois que oui.
Ça tient à ce que je suis furieux !
Je l’ai bien Vu tout de Suite !
Contre ma femme !
Tiens… comme ça se trouve !… et moi, contre mon mari !
Ce que j’en fais, ce n’est pas pour mon agrément, crois-le bien… c’est pour la punir !
Ce que j’en laisse faire… ce n’est pas pour mon plaisir… C’est pour me venger !..
Es-tu assez vengée ?[40]
Est-elle assez punie ?
Encore une fois !
Encore deux !
Pourtant… je fais une réflexion…
Ah bah !… déjà !
Mets-toi à ma place, Fiametta… si on t’avait donné en mariage… une douce colombe… qui n’aurait eu jusqu’à ce jour d’autre passion que celle des souris blanches !… qu’est-ce que tu dirais de la voir tout à coup se métamorphoser en dragon pour faire danser des carabiniers ?
Eh ben !… et vous, si votre homme avait fait le câlin pendant huit jours, pour vous offrir, le neuvième, un manche de râteau !… qu’est-ce que vous diriez ?
Je dirais, Fiametta, que ce n’est pas ordinaire… quoiqu’on en ait vu des exemples.
Au fait… il doit y avoir quelque chose là-dessous !
S’il y avait encore des fées, comme autrefois… je dirais : eh bien… les fées étant des êtres surnaturels, tout s’expliquerait naturellement… mais cette institution a été abolie…
Ah ! mon Dieu !… si c’était !…
Quoi ?
Si c’était le diable !
Enfant ! je pardonne cette supposition à ton intelligence bornée… Si tu avais la moindre teinture de philosophie, tu saurais que le diable est un mythe, un pur mythe… que le diable n’a jamais fonctionné que dans les contes de nourrices…