SCÈNE VI.
en la faisant entrer dans la chambre d’où elle sort.
Allez avec votre frère, Rachel, et laissez-moi ici.
Je vous le demande mille fois, n’exigez pas que je vous dise pourquoi ce peu d’argent vous manque : six guinées, est-ce quelque chose pour vous ? Considérez bien, monsieur, que j’aurais pu vous les cacher dix fois en altérant mes calculs. Mais je ne ferais pas un mensonge, même pour sauver mes enfants, et j’ai préféré vous demander la permission de garder le silence là-dessus, ne pouvant ni vous dire la vérité, ni mentir, sans faire une méchante action.
Depuis que le ministre a mis votre main dans la mienne, vous ne m’avez pas résisté de cette manière.
Il faut donc que le motif en soit sacré.
Ou coupable, madame.
Vous ne le croyez pas !
Peut-être.
Ayez pitié de moi ! vous me tuez par de telles scènes.
Bah ! vous êtes plus forte que vous ne le croyez.
Ah ! n’y comptez pas trop… Au nom de nos pauvres enfants !
Où je vois un mystère, je vois une faute.
Et si vous n’y trouviez qu’une bonne action, quel regret pour vous !
Si c’est une bonne action, pourquoi vous être cachée ?
Pourquoi, John Bell ? Parce que votre cœur s’est endurci, et que vous m’auriez empêchée d’agir selon le mien. Et cependant, qui donne au pauvre prête au Seigneur.
Vous feriez mieux de prêter à intérêts sur de bons gages.
Dieu vous pardonne vos sentiments et vos paroles !
Depuis quelque temps, vous lisez trop ; je n’aime pas cette manie dans une femme… Voulez-vous être une bas-bleu ?
Oh ! mon ami ! en viendrez-vous jusqu’à me dire des choses méchantes parce que, pour la première fois, je ne vous obéis pas sans restrictions ? — Je ne suis qu’une femme simple et faible ; je ne sais rien que mes devoirs de chrétienne.
Les savoir pour ne pas les remplir, c’est une profanation.
Accordez-moi quelques semaines de silence seulement sur ces comptes, et le premier mot qui sortira de ma bouche sera le pardon que je vous demanderai pour avoir tardé à vous dire la vérité. Le second sera le récit exact de ce que j’ai fait.
Je désire que vous n’ayez rien à dissimuler.
Dieu le sait ! il n’y a pas une minute de ma vie dont le souvenir puisse me faire rougir.
Et cependant jusqu’ici vous ne m’aviez rien caché.
Souvent la terreur nous apprend à mentir.
Vous savez donc faire un mensonge ?
Si je le savais, vous prierais-je de ne pas m’interroger ? Vous êtes un juge impitoyable.
Impitoyable ? Vous me rendrez compte de cet argent.
Eh bien, je vous demande jusqu’à demain pour cela.
Soit ! jusqu’à demain je n’en parlerai plus.
Ah ! je vous retrouve. — Vous êtes bon. — Soyez-le toujours.
C’est bien ! c’est bien ! mais songez à demain.
Pourquoi, lorsque j’ai touché la main de mon mari, me suis-je reproché d’avoir gardé ce livre ? — La conscience ne peut pas avoir tort.
Je le rendrai.