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Classiquesen Ligne

SCÈNE VI.

KITTY BELL entre en pleurant, suivie de JOHN BELL.
KITTY BELL, à Rachel,
en la faisant entrer dans la chambre d’où elle sort.

Allez avec votre frère, Rachel, et laissez-moi ici.

À son mari.

Je vous le demande mille fois, n’exigez pas que je vous dise pourquoi ce peu d’argent vous manque : six guinées, est-ce quelque chose pour vous ? Considérez bien, monsieur, que j’aurais pu vous les cacher dix fois en altérant mes calculs. Mais je ne ferais pas un mensonge, même pour sauver mes enfants, et j’ai préféré vous demander la permission de garder le silence là-dessus, ne pouvant ni vous dire la vérité, ni mentir, sans faire une méchante action.

JOHN BELL.

Depuis que le ministre a mis votre main dans la mienne, vous ne m’avez pas résisté de cette manière.

KITTY BELL.

Il faut donc que le motif en soit sacré.

JOHN BELL.

Ou coupable, madame.

KITTY BELL, avec indignation.

Vous ne le croyez pas !

JOHN BELL.

Peut-être.

KITTY BELL.

Ayez pitié de moi ! vous me tuez par de telles scènes.

Elle s’assied.
JOHN BELL.

Bah ! vous êtes plus forte que vous ne le croyez.

KITTY BELL, se levant.

Ah ! n’y comptez pas trop… Au nom de nos pauvres enfants !

JOHN BELL.

Où je vois un mystère, je vois une faute.

KITTY BELL.

Et si vous n’y trouviez qu’une bonne action, quel regret pour vous !

JOHN BELL.

Si c’est une bonne action, pourquoi vous être cachée ?

KITTY BELL.

Pourquoi, John Bell ? Parce que votre cœur s’est endurci, et que vous m’auriez empêchée d’agir selon le mien. Et cependant, qui donne au pauvre prête au Seigneur.

JOHN BELL.

Vous feriez mieux de prêter à intérêts sur de bons gages.

KITTY BELL.

Dieu vous pardonne vos sentiments et vos paroles !

JOHN BELL, marchant dans la chambre à grands pas.

Depuis quelque temps, vous lisez trop ; je n’aime pas cette manie dans une femme… Voulez-vous être une bas-bleu ?

KITTY BELL.

Oh ! mon ami ! en viendrez-vous jusqu’à me dire des choses méchantes parce que, pour la première fois, je ne vous obéis pas sans restrictions ? — Je ne suis qu’une femme simple et faible ; je ne sais rien que mes devoirs de chrétienne.

JOHN BELL.

Les savoir pour ne pas les remplir, c’est une profanation.

KITTY BELL.

Accordez-moi quelques semaines de silence seulement sur ces comptes, et le premier mot qui sortira de ma bouche sera le pardon que je vous demanderai pour avoir tardé à vous dire la vérité. Le second sera le récit exact de ce que j’ai fait.

JOHN BELL.

Je désire que vous n’ayez rien à dissimuler.

KITTY BELL.

Dieu le sait ! il n’y a pas une minute de ma vie dont le souvenir puisse me faire rougir.

JOHN BELL.

Et cependant jusqu’ici vous ne m’aviez rien caché.

KITTY BELL.

Souvent la terreur nous apprend à mentir.

JOHN BELL.

Vous savez donc faire un mensonge ?

KITTY BELL.

Si je le savais, vous prierais-je de ne pas m’interroger ? Vous êtes un juge impitoyable.

JOHN BELL.

Impitoyable ? Vous me rendrez compte de cet argent.

KITTY BELL.

Eh bien, je vous demande jusqu’à demain pour cela.

JOHN BELL.

Soit ! jusqu’à demain je n’en parlerai plus.

KITTY BELL lui baise la main.

Ah ! je vous retrouve. — Vous êtes bon. — Soyez-le toujours.

JOHN BELL.

C’est bien ! c’est bien ! mais songez à demain.

Il sort.
KITTY BELL, seule.

Pourquoi, lorsque j’ai touché la main de mon mari, me suis-je reproché d’avoir gardé ce livre ? — La conscience ne peut pas avoir tort.

Elle rêve.

Je le rendrai.

Elle sort à pas lents.