Aller au contenu principal
Classiquesen Ligne

SCÈNE II.

CHATTERTON, LE QUAKER, JOHN BELL, KITTY BELL.
JOHN BELL, à sa femme.

Vous avez mal fait, Kitty, de ne pas me dire que c’était un personnage de considération.

Un domestique apporte un thé.
KITTY BELL.

En est-il ainsi ? En vérité, je ne le savais pas.

JOHN BELL.

De très grande considération. Lord Talbot m’a fait dire que c’était son ami, et un homme distingué qui ne veut pas être connu.

KITTY BELL.

Hélas ! il n’est donc plus malheureux ? — J’en suis bien aise. Mais je ne lui parlerai pas, je m’en vais.

JOHN BELL.

Restez, restez. Invitez-le à prendre le thé avec le docteur, en famille : cela fera plaisir à lord Talbot.

Il va s’asseoir à droite, près de la table à thé.

LE QUAKER, à Chatterton qui fait un mouvement
pour se retirer chez lui.

Non, non, ne t’en va pas, on parle de toi.

KITTY BELL, au quaker.

Mon ami, voulez-vous avoir la bonté de lui demander s’il veut déjeuner avec mon mari et mes enfants ?

LE QUAKER.

Vous avez tort de l’inviter, il ne peut pas souffrir les invitations.

KITTY BELL.

Mais c’est mon mari qui le veut.

LE QUAKER.

Sa volonté est souveraine. (À Chatterton.) Madame invite son hôte à déjeuner et désire qu’il prenne le thé en famille ce matin…

(Bas.) Il ne faut pas accepter ; c’est par ordre de son mari qu’elle fait cette démarche ; mais cela lui déplaît.

JOHN BELL, assis, lisant le journal, s’adresse à Kitty.

L’a-t-on invité ?

KITTY BELL.

Le docteur lui en parle.

CHATTERTON, au quaker.

Je suis forcé de me retirer chez moi.

LE QUAKER, à Kitty.

Il est forcé de se retirer chez lui.

KITTY BELL, à John Bell.

Monsieur est forcé de se retirer chez lui.

JOHN BELL.

C’est de l’orgueil : il croit nous honorer trop.

Il tourne le dos et se remet à lire.
CHATTERTON, au quaker.

Je n’aurais pas accepté : c’était par pitié qu’on m’invitait.

Il va vers sa chambre, le quaker le suit et le retient. Ici un domestique amène les enfants et les fait asseoir à table. Le quaker s’assied au fond, Kitty Bell à droite, John Bell à gauche, tournant le dos à la chambre, les enfants près de leur mère.