SCÈNE IX.
KITTY BELL, LE QUAKER.
LE QUAKER, accourant.
Vous êtes perdue… Que faites-vous ici ?
KITTY BELL, renversée sur les marches de l’escalier.
Montez vite ! montez, monsieur, il va mourir ; sauvez-le… s’il est temps.
Tandis que le quaker s’achemine vers l’escalier, Kitty Bell cherche à voir, à travers les portes vitrées, s’il n’y a personne qui puisse donner du secours ; puis, ne voyant rien, elle suit le quaker avec terreur, en écoutant le bruit de la chambre de Chatterton.
LE QUAKER, en montant à grands pas, à Kitty Bell.
Reste, reste, mon enfant, ne me suis pas.
Il entre chez Chatterton et s’enferme avec lui. On devine des soupirs de Chatterton et des paroles d’encouragement du quaker. Kitty Bell monte, à demi évanouie, en s’accrochant à la rampe de chaque marche : elle fait effort pour tirer à elle la porte, qui résiste et s’ouvre enfin. On voit Chatterton mourant et tombé sur le bras du quaker. Elle crie, glisse à demi morte sur la rampe de l’escalier et tombe sur la dernière marche.
On entend John Bell appeler de la salle voisine.
JOHN BELL.
Mistress Bell !
Kitty se lève tout à coup comme par ressort.
JOHN BELL, une seconde fois.
Mistress Bell !
Elle se met en marche et vient s’asseoir, lisant sa Bible et balbutiant tout bas des paroles qu’on n’entend pas. Ses enfants accourent et s’attachent à sa robe.
LE QUAKER, du haut de l’escalier.
L’a-t-elle vu mourir ? l’a-t-elle vu ?
Il va près d’elle.
Ma fille ! ma fille !
JOHN BELL,
entrant violemment et montant deux marches de l’escalier.
entrant violemment et montant deux marches de l’escalier.
Que fait-elle ici ? Où est ce jeune homme ? Ma volonté est qu’on l’emmène !
LE QUAKER.
Dites qu’on l’emporte, il est mort.
JOHN BELL.
Mort ?
LE QUAKER.
Oui, mort à dix-huit ans ! Vous l’avez tous si bien reçu, étonnez-vous qu’il soit parti !
JOHN BELL.
Mais…
LE QUAKER.
Arrêtez, monsieur, c’est assez d’effroi pour une femme.
Il regarde Kitty et la voit mourante.
Monsieur, emmenez ses enfants ! Vite, qu’ils ne la voient pas.
Il arrache les enfants des pieds de Kitty, les passe à John Bell, et prend leur mère dans ses bras. John Bell les prend à part et reste stupéfait. Kitty Bell meurt dans les bras du quaker.
JOHN BELL, avec épouvante.
Eh bien ! eh bien ! Kitty ! Kitty ! qu’avez-vous ?
Il s’arrête en voyant le quaker s’agenouiller.
LE QUAKER, à genoux.
Oh ! dans ton sein ! dans ton sein, Seigneur, reçois ces deux martyrs !
Le quaker reste à genoux, les yeux tournés vers le ciel, jusqu’à ce que le rideau soit baissé.