SCÈNE VIII.
Que fait-il donc ? Je n’oserai jamais lui parler. Que brûle-t-il ? Cette flamme me fait peur, et son visage éclairé par elle est lugubre.
N’allez-vous pas rejoindre milord ?
Déjà ! — Ah ! c’est vous ! — Ah ! madame ! à genoux ! par pitié ! oubliez-moi.
Eh ! mon Dieu ! pourquoi cela ? qu’avez-vous fait ?
Je vais partir. — Adieu ! — Tenez, madame, il ne faut pas que les femmes soient dupes de nous plus longtemps. Les passions des poètes n’existent qu’à peine. On ne doit pas aimer ces gens-là ; franchement, ils n’aiment rien ; ce sont tous des égoïstes. Le cerveau se nourrit aux dépens du cœur. Ne les lisez jamais et ne les voyez pas ; moi, j’ai été plus mauvais qu’eux tous.
Mon Dieu ! pourquoi dites-vous : « J’ai été ? »
Parce que je ne veux plus être poète ; vous le voyez, j’ai déchiré tout. — Ce que je serai ne vaudra guère mieux, mais nous verrons. Adieu ! — Écoutez-moi ! Vous avez une famille charmante ; aimez-vous vos enfants ?
Plus que ma vie, assurément.
Aimez donc votre vie pour ceux à qui vous l’avez donnée.
Hélas ! ce n’est que pour eux que je l’aime.
Eh ! quoi de plus beau dans le monde, ô Kitty Bell ! Avec ces anges sur vos genoux, vous ressemblez à la divine Charité.
Ils me quitteront un jour.
Rien ne vaut cela pour vous ! — C’est là le vrai dans la vie ! Voilà un amour sans trouble et sans peur. En eux est le sang de votre sang, l’âme de votre âme : aimez-les, madame, uniquement et par-dessus tout. Promettez-le-moi !
Mon Dieu ! vos yeux sont pleins de larmes, et vous souriez.
Puissent vos beaux yeux ne jamais pleurer et vos lèvres sourire sans cesse ! Ô Kitty ! ne laissez entrer en vous aucun chagrin étranger à votre paisible famille.
Hélas ! cela dépend-il de nous ?
Oui ! oui !… Il y a des idées avec lesquelles on peut fermer son cœur. — Demandez au quaker, il vous en donnera. — Je n’ai pas le temps, moi ; laissez-moi sortir.
Mon Dieu ! comme vous souffrez !
Au contraire. — Je suis guéri. — Seulement j’ai la tête brûlante. Ah ! bonté ! bonté ! tu me fais plus de mal que leurs noirceurs.
De quelle bonté parlez-vous ? Est-ce de la vôtre ?
Les femmes sont dupes de leur bonté. C’est par bonté que vous êtes venue. On vous attend là-haut j’en suis certain. Que faites-vous ici ?
À présent, quand toute la terre m’attendrait, j’y resterais.
Tout à l’heure je vous suivrai. — Adieu ! adieu !
Vous ne viendrez pas ?
J’irai. — J’irai.
Oh ! vous ne voulez pas venir.
Madame, cette maison est à vous, mais cette heure m’appartient.
Qu’en voulez-vous faire ?
Laissez-moi, Kitty. Les hommes ont des moments où ils ne peuvent plus se courber à votre taille et s’adoucir la voix pour vous… Kitty Bell, laissez-moi.
Jamais je ne serai heureuse si je vous laisse ainsi, monsieur.
Venez-vous pour ma punition ? Quel mauvais génie vous envoie ?
Une épouvante inexplicable.
Vous serez plus épouvantée si vous restez.
Avez-vous de mauvais desseins, grand Dieu ?
Ne vous en ai-je pas dit assez ? Comment êtes-vous là ?
Eh ! comment n’y serais-je plus ?
Parce que je vous aime, Kitty.
Ah ! monsieur, si vous me le dites, c’est que vous voulez mourir.
J’en ai le droit, de mourir. — Je le jure devant vous, et je le soutiendrai devant Dieu !
Et moi, je vous jure que c’est un crime ; ne le commettez pas.
Il le faut, Kitty, je suis condamné.
Attendez seulement un jour pour penser à votre âme.
Il n’y a rien que je n’aie pensé, Kitty.
Une heure seulement pour prier.
Je ne peux plus prier.
Et moi, je vous prie pour moi-même. Cela me tuera.
Je vous ai avertie ! il n’est plus temps.
Et si je vous aime, moi !
Je l’ai vu, et c’est pour cela que j’ai bien fait de mourir ; c’est pour cela que Dieu peut me pardonner.
Qu’avez-vous donc fait ?
Il n’est plus temps, Kitty ; c’est un mort qui vous parle.
Puissances du ciel ! grâce pour lui.
Allez-vous-en… Adieu !
Je ne le puis plus…
Eh bien donc ! prie pour moi sur la terre et dans le ciel.
Ah ! — Grand Dieu !
Qu’est-ce que cela ? — Mon Dieu ! pardonnez-lui.