Han d'Islande (1823) est le tout premier roman publié par Victor Hugo, alors âgé de vingt et un ans seulement, un récit gothique et fantastique situé dans une Norvège médiévale imaginaire où sévit Han, un être monstrueux mi-homme mi-légende, exilé dans les montagnes après avoir été banni pour ses crimes. Le roman noue une intrigue de vengeance politique autour d'un prisonnier injustement emprisonné pour raisons d'État, dont le fils, le jeune et noble Ordener Guldenlew, tente de prouver l'innocence tout en s'éprenant de sa fille Ethel, malgré les manigances d'un chancelier corrompu qui a intérêt à faire perdurer l'injustice. Han lui-même, figure de monstre buveur de sang humain vivant dans une caverne et affublé d'un crâne humain en guise de coupe, incarne un romantisme noir encore très marqué par le roman gothique anglais et le goût de l'époque pour le frénétique et le macabre, avant que Hugo ne développe dans ses œuvres suivantes une esthétique plus personnelle du grotesque mêlé au sublime. Bien que jugé plus tard mineur par Hugo lui-même au regard de ses chefs-d'œuvre ultérieurs, ce premier roman de jeunesse annonce déjà son goût pour les figures marginales et monstrueuses portées par une âme profondément humaine, thème qu'il redéploiera avec une bien plus grande maîtrise dans Notre-Dame de Paris puis L'Homme qui rit. Hugo rédige ce roman alors qu'il vient tout juste de se marier avec Adèle Foucher et cherche désespérément à assurer sa subsistance par sa seule plume, contexte biographique qui explique en partie la rapidité de composition de ce premier coup d'essai romanesque. Le roman, malgré ses outrances gothiques assumées, contient déjà en germe la conviction hugolienne que la monstruosité apparente peut receler une part d'humanité digne de compassion plutôt que de seul rejet. Ce texte reste aujourd'hui surtout lu comme un jalon biographique éclairant les débuts littéraires de l'un des plus grands écrivains français.