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Pierre Corneille
L'Illusion comique
MDCXXXVI
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Source : Wikisource
XVIIe siècle · 1636

L'Illusion comique

1636Théâtre Français Théâtre Classique

L'Illusion comique (1636), pièce de jeunesse de Corneille d'une virtuosité formelle et d'une fantaisie théâtrale remarquables, raconte comment Pridamant, père désespéré à la recherche de son fils Clindor parti depuis des années sans donner de nouvelles, consulte le magicien Alcandre qui lui fait assister, par un sortilège théâtral, à une vision magique retraçant la vie et les aventures rocambolesques de son fils devenu comédien, spectacle dans le spectacle qui multiplie les niveaux de fiction et brouille constamment la frontière entre réalité et représentation théâtrale elle-même. Corneille y déploie une virtuosité dramaturgique exceptionnelle en jouant constamment sur les codes et les genres théâtraux, la pièce empruntant successivement au registre pastoral, à la tragédie et à la farce comique selon les péripéties de Clindor observées par son père à travers la vision magique d'Alcandre, jusqu'à un dénouement final vertigineux où la mort apparente de Clindor, qui plonge son père dans un désespoir total, se révèle n'être finalement qu'une scène de théâtre elle-même, Clindor étant devenu comédien professionnel jouant simplement une tragédie sur une véritable scène, révélation qui transforme rétrospectivement toute la pièce en une réflexion métathéâtrale vertigineuse sur l'illusion et la réalité propre au théâtre lui-même. Cette pièce de jeunesse, qui précède de plusieurs années le classicisme plus rigoureux des grandes tragédies cornéliennes ultérieures comme Le Cid ou Horace, témoigne d'une liberté formelle et d'une fantaisie baroque remarquables, jouant avec un plaisir manifeste des codes théâtraux qu'elle mélange et interroge simultanément. Par sa réflexion vertigineuse sur l'illusion théâtrale et sa liberté formelle baroque, L'Illusion comique reste l'une des œuvres les plus originales et les plus modernes de tout le répertoire cornélien. Corneille lui-même qualifiera rétrospectivement cette pièce d'« étrange monstre » dans sa propre préface, tant elle échappe aux catégories dramatiques conventionnelles de son temps en mêlant librement les registres, jugement d'auteur qui témoigne de la conscience aiguë qu'avait Corneille du caractère expérimental et novateur de cette œuvre de jeunesse par rapport à la rigueur classique qu'il développera ensuite.