L'Homme invisible (1897) raconte l'histoire de Griffin, savant brillant mais moralement dévoyé qui parvient, grâce à une découverte scientifique révolutionnaire sur la réfraction de la lumière, à rendre son propre corps totalement invisible, avant de découvrir avec effroi qu'il ne dispose d'aucun moyen de revenir en arrière et de retrouver une apparence normale, situation qui le pousse, isolé et de plus en plus paranoïaque face au rejet et à la peur qu'inspire sa condition inédite, à sombrer progressivement dans une mégalomanie criminelle de plus en plus dangereuse, se persuadant que son pouvoir d'invisibilité lui donne le droit de terroriser et de dominer par la violence la population du petit village anglais où il s'est réfugié. Wells y développe une réflexion morale et psychologique sur les dangers du pouvoir absolu et de l'isolement social qu'il engendre, Griffin, initialement simplement asocial et arrogant, se transformant progressivement en véritable tyran criminel à mesure que son invisibilité le libère de toute contrainte sociale et de toute responsabilité visible envers autrui, illustrant avec une lucidité remarquable comment l'absence de contrôle social et de visibilité peut corrompre même une intelligence scientifique brillante vers la criminalité la plus destructrice. Le roman s'achève sur la traque et la mort de Griffin, débusqué et battu à mort par la population qu'il terrorisait, son corps ne redevenant visible qu'après sa mort, dénouement qui souligne la vulnérabilité ultime cachée derrière la toute-puissance apparente de l'invisibilité. Par sa réflexion sur le pouvoir absolu et la responsabilité morale, ce roman reste l'une des œuvres de science-fiction les plus philosophiquement profondes de H.G. Wells. Ce roman, dont l'invisibilité comme métaphore du pouvoir sans responsabilité continue d'inspirer la science-fiction contemporaine, reste l'un des textes fondateurs les plus régulièrement adaptés au cinéma de tout le corpus wellsien. Wells y explore par ailleurs les implications pratiques les plus triviales de l'invisibilité, Griffin devant notamment se dévêtir entièrement pour rester réellement indétectable, détail qui ancre le fantastique dans une logique scientifique rigoureuse caractéristique de l'auteur.