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Classiquesen Ligne

Scène III.

ZAMTI, IDAMÉ, ASSÉLI, ÉTAN.
zamti

Étan, où courez-vous, interdit, consterné ?

idamé

Fuyons de ce séjour au scythe abandonné.

étan

Vous êtes observés ; la fuite est impossible ;
Autour de notre enceinte une garde terrible
Aux peuples consternés offre de toutes parts
Un rempart hérissé de piques et de dards.
Les vainqueurs ont parlé ; l’esclavage en silence
Obéit à leur voix dans cette ville immense ;
Chacun reste immobile et de crainte et d’horreur
Depuis que sous le glaive est tombé l’empereur.

zamti

Il n’est donc plus !

idamé

Il n’est donc plus !Ô cieux !

étan

Il n’est donc plus ! Ô cieux !De ce nouveau carnage
Qui pourra retracer l’épouvantable image ?
Son épouse, ses fils sanglants et déchirés…
Ô famille de dieux sur la terre adorés !
Que vous dirai-je ? Hélas ! Leurs têtes exposées
Du vainqueur insolent excitent les risées,
Tandis que leurs sujets, tremblant de murmurer,
baissent des yeux mourants qui craignent de pleurer.
De nos honteux soldats les alfanges[6] errantes
À genoux ont jeté leurs armes impuissantes.
Les vainqueurs fatigués dans nos murs asservis,
Lassés de leur victoire et de sang assouvis,
Publiant à la fin le terme du carnage,
Ont, au lieu de la mort, annoncé l’esclavage.
Mais d’un plus grand désastre on nous menace encor ;
On prétend que ce roi des fiers enfants du nord,
Gengis-Kan, que le ciel envoya pour détruire,
Dont les seuls lieutenants oppriment cet empire,
Dans nos murs autrefois inconnu, dédaigné,
Vient, toujours implacable, et toujours indigné,
Consommer sa colère et venger son injure.
Sa nation farouche est d’une autre nature

Que les tristes humains qu’enferment nos remparts :
Ils habitent des champs, des tentes et des chars[7] ;
Ils se croiraient gênés dans cette ville immense ;
De nos arts, de nos lois la beauté les offense.
Ces brigands vont changer en d’éternels déserts
Les murs que si longtemps admira l’univers.

idamé

Le vainqueur vient sans doute armé de la vengeance.
Dans mon obscurité j’avais quelque espérance ;
Je n’en ai plus. Les cieux, à nous nuire attachés,
Ont éclairé la nuit où nous étions cachés.
Trop heureux les mortels inconnus à leur maître !

zamti

Les nôtres sont tombés : le juste ciel peut-être
Voudra pour l’orphelin signaler son pouvoir :
Veillons sur lui ; voilà notre premier devoir.
Que nous veut ce tartare ?

idamé

Que nous veut ce tartare ?Ô ciel, prends ma défense !