Scène V.
Où sommes-nous réduits ? Ô monstres ! Ô terreur !
Chaque instant fait éclore une nouvelle horreur,
Et produit des forfaits dont l’âme intimidée
Jusqu’à ce jour de sang n’avait point eu d’idée.
Vous ne répondez rien ; vos soupirs élancés
Au ciel qui nous accable en vain sont adressés.
Enfant de tant de rois, faut-il qu’on sacrifie
Aux ordres d’un soldat ton innocente vie ?
J’ai promis, j’ai juré de conserver ses jours.
De quoi lui serviront vos malheureux secours ?
Qu’importent vos serments, vos stériles tendresses ?
Êtes-vous en état de tenir vos promesses ?
N’espérons plus.
Ah ciel ! Eh quoi ! Vous voudriez
Voir du fils de mes rois les jours sacrifiés ?
Non, je n’y puis penser sans des torrents de larmes,
Et si je n’étais mère, et si, dans mes alarmes,
Le ciel me permettait d’abréger un destin
Nécessaire à mon fils élevé dans mon sein,
Je vous dirais : mourons, et, lorsque tout succombe,
Sur les pas de nos rois descendons dans la tombe.
Après l’atrocité de leur indigne sort,
Qui pourrait redouter et refuser la mort ?
Le coupable la craint, le malheureux l’appelle,
Le brave la défie, et marche au-devant d’elle ;
Le sage, qui l’attend, la reçoit sans regrets[8]
Quels sont en me parlant vos sentiments secrets ?
Vous baissez vos regards, vos cheveux se hérissent,
Vous pâlissez, vos yeux de larmes se remplissent :
Mon cœur répond au vôtre ; il sent tous vos tourments.
Mais que résolvez-vous ?
De garder mes serments.
Auprès de cet enfant, allez, daignez m’attendre.
Mes prières, mes cris, pourront-ils le défendre ?