Scène II.
Idamé, demeurez :
Attendez l’empereur en ces lieux retirés.
Veillez sur ces enfants ; et vous à cette porte,
Tartares, empêchez qu’aucun n’entre et ne sorte.
Éloignez-vous.
Seigneur, il veut encor me voir !
J’obéis, il le faut, je cède à son pouvoir.
Si j’obtenais du moins, avant de voir un maître,
Qu’un moment à mes yeux mon époux pût paraître,
Peut-être du vainqueur les esprits ramenés
Rendraient enfin justice à deux infortunés.
Je sens que je hasarde une prière vaine :
La victoire est chez vous implacable, inhumaine ;
Mais enfin la pitié, seigneur, en vos climats,
Est-elle un sentiment qu’on ne connaisse pas ?
Et ne puis-je implorer votre voix favorable ?
Quand l’arrêt est porté, qui conseille est coupable.
Vous n’êtes plus ici sous vos antiques rois,
Qui laissaient désarmer la rigueur de leurs lois.
D’autres temps, d’autres mœurs : ici règnent les armes ;
Nous ne connaissons point les prières, les larmes.
On commande, et la terre écoute avec terreur.
Demeurez, attendez l’ordre de l’empereur.