Scène XI
Je ne sais pas où cet animal d’Étienne a fourré ma robe de chambre ?… (Apercevant du monde au fond.) Eh bien ! qu’est-ce qui est là, donc ?
Eh ! te voilà, toi !
Nom d’un chien ! mon oncle !
V’là l’bouquet !
Mon oncle ! C’est mon oncle ! C’est pas possible ! Mon oncle du Grêlé !… C’est mon oncle !
Eh ! bien, oui, quoi ? c’est moi ! Embrasse-moi, que diable ! Qu’est-ce que tu attends ?
Hein ? Mais, voilà ! j’allais vous le demander !… (À part, tout en passant devant le canapé pour aller au général.) Mon Dieu ! et la Môme !… en chemise !… dans mon lit ! (Haut, au général.) Ah ! mon oncle !
Non ! ce que je me marre !
Ah ! bien, si je m’attendais !… depuis dix ans !
N’est-ce pas ? C’est ce que je disais : « Il va avoir une de ces surprises ! »
Ca, pour une surprise !…
C’est qu’il n’a pas changé depuis dix ans, l’animal !… Toujours le même !… (Même modulation.) en plus vieux !
Vous êtes bien aimable. (Lui reprenant les mains.) Ah ! ben, vous savez !… si je m’attendais !…
Oui ! Tu l’as déjà dit !
Hein ? Ah ! oui !… oui ! en effet !
Tel que tu me vois, j’arrive d’Afrique !… avec ta cousine Clémentine !
Oui ?… Ah ! ben, si je m’attendais !
Eh ! bien, oui ! oui ! c’est entendu ! (À part.) Oh !… il se répète, mon neveu !
Et vous n’êtes pas pour longtemps à Paris ? Non ?… Non ?
Non, je pars tout à l’heure.
Ah ?… Ah ?… Parfait ! Parfait !
Comment, parfait ?
Non ! c’est une façon de parler !
Ah ! bon ! Je me suis accordé un congé de quinze jours que je passe en Touraine ; le temps de la marier, cette enfant ! Et, à ce propos, j’ai besoin de toi ! Tu es libre pour deux ou trois jours ?
Mais il n’est d’affaires que je ne remette pour vous êtes agréable !
Allons, allons ! n’ p’lote pas ! Tu n’as qu’à répondre oui ou non sans faire de phrases ! Ce n’est pas parce que je suis l’oncle à héritage !… Je ne suis pas encore mort, tu sauras !
Oh ! mais, ça n’est pas pour vous presser !
Tu es bien bon de me le dire ! (Sur le ton de commandement.) Donc, je vais t’annoncer une nouvelle : tu pars avec nous ce soir !
Moi ?
Oui !… Ne dis pas non, c’est entendu.
Ah ? Bon !
Et ta femme vient avec toi.
Ma femme ? Mais elle sera ravie.
Je le sais ! Elle me l’a dit !
Elle vous l’a… Qui ?
Ta femme ?
Boum !
Ma femme ? Où ça ? Quand ça ?… Qui, ça, ma femme ?
Mais, elle !
Hein ! Elle !… Elle ! ma femme, ah ! non ! Ah ! non, alors !
Comment, non ?
Ah ! non, vous en avez de bonnes !… elle, ma femme, ah ! ben… jamais de la vie !…
Qu’est-ce que tu me chantes ! Ça n’est pas ta femme, elle ? que je trouve chez toi ? couchée dans ton lit ? au domicile conjugal ? (À Petypon.) Eh ! bien, qu’est-ce que c’est, alors ?
Eh ! bien, c’est… c’est… Enfin, ce n’est pas ma femme, là !
Ah ! c’est comme ça ! Eh ! bien, c’est ce que nous allons voir !
Qu’est-ce que vous faites ?
Je sonne les domestiques ! ils me diront, eux, si madame n’est pas ta femme !
Eh ! là ! eh ! là, non, ne faites pas ça !
Ah ! Tu vois donc bien que c’est ta femme !
Oh ! mon Dieu, mais c’est l’engrenage ! (Prenant son parti de la chose.) Ah ! ma foi, tant pis ! puisqu’il le veut absolument !… (Se tournant vers le général et affectant de rire, comme après une bonne farce.) Ehé ?… éhéhéhéhé !… éhé !…
Qu’est-ce qui te prend ? T’es malade ?
Ehé !… On ne peut rien vous cacher !… Eh ! bien, oui, là !… c’est ma femme !
Ah ! je savais bien !
Après tout, pour le temps qu’il passe à Paris, autant le laisser dans son erreur !
Ah ! tu en as de bonnes, « ça n’est pas ta femme !… » Et, à ce propos, laisse-moi te faire des compliments, ta femme est charmante !
Ah ! général !… général !
Si, si ! je dis ce que je pense ! j’dis c’que je pense ! (À Petypon.) Figure-toi qu’on m’avait dit que tu avais épousé une vieille toupie !
Oh ! Qui est-ce qui a pu vous dire ? (À part.) Ma pauvre Gabrielle, comme on t’arrange !
Entrez !
Mais non !