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Classiquesen Ligne

Scène XX

Les Mêmes, MADAME PETYPON.
Madame Petypon, descendant no 1.

Qu’est-ce qu’il y a ?

Petypon (2), à gauche du fauteuil.

Tiens, regarde-le !

Madame Petypon.

Ah ! qu’est-ce qu’il fait ?

Petypon, tout fier de lui.

Ce qu’il fait ?… Il dort !

Madame Petypon.

Comment, il s’est endormi chez toi ?

Petypon.

Mais non ! tu ne devines donc pas ?

Madame Petypon, comprenant.

Oh !… C’est le fauteuil extatique !

Petypon.

Mais oui ! Hein ? regarde ? Est-ce étonnant !

Madame Petypon.

Oh ! que c’est curieux !… Mais, alors, c’est toi qui ?

Petypon, avec un certain orgueil.

C’est moi qui, parfaitement.

Madame Petypon.

Oh ! ce pauvre Mongicourt ! Ah ! non, qu’il est drôle comme ça !

Elle fait mine d’aller vers le fauteuil.
Petypon, vivement, l’arrêtant du bras droit au passage.

Ne le touche pas ! tu t’endormirais aussi.

Madame Petypon, toujours même numéro.

Pas possible !

Petypon.

Non, mais, regarde-le ! A-t-il assez l’air d’être en paradis !

Madame Petypon.

C’est que c’est vrai.

Petypon.

Y’a pas deux mots, il jubile ! Gabrielle ! je te présente un homme qui jubile !

Madame Petypon.

C’est merveilleux !

Petypon, remontant.

Oui, eh ! ben, il a assez jubilé pour aujourd’hui ! Faut pas le fatiguer ! aïe donc !

Il tape sur le bouton droit.
Mongicourt, a eu comme un choc, puis toujours souriant, toujours dans son rêve, se lève.

Belle princesse !… dites-moi que vous m’aimez ?…

Petypon, qui est redescendu à gauche du fauteuil, sur le même ton chevrotant que Mongicourt.

Oh ! tu vas te taire !…

Mongicourt, revenant peu à peu à la réalité.

Quoi ?

Petypon.

Je dis : tu vas te taire ?

Mongicourt, à Petypon.

Qu’est-ce qu’il y a eu donc ?

Petypon.

Il y a eu que tu as dormi !

Mongicourt, certain de n’avoir pas dormi.

Non.

Petypon.

Si !

Mongicourt, soupçonnant la vérité.

Hein ! Non ? moi ?…

Petypon.

Eh ! bien, pas moi, bien sûr !

Mongicourt.

C’est pas possible ! tu m’as ?… Ah ! bien, elle est forte ! je n’ai rien senti !

Petypon.

Hein ? est-ce admirable ?

Mongicourt, faisant mine de se rasseoir.

Oh ! j’en redemande !

Petypon, l’arrêtant.

Ah ! non ! En voilà un gourmand !

Mongicourt.

Parole, c’est étonnant !

Il contourne le fauteuil en l’examinant avec respect.

Petypon.

Et croyez-vous que c’est précieux pour les opérations !

Madame Petypon.

Je n’en reviens pas !…

Petypon, brusquement, et sur un ton hypocrite, à sa femme.

Oh ! à propos d’opération, dis qu’on prépare tout de suite ma valise, il faut que je file dans un quart d’heure !

Madame Petypon.

Allons bon !

Petypon.

Ah ! ma chère amie, le devoir avant tout !… une opération très urgente !

Madame Petypon.

C’est bien, qu’est-ce que tu veux, ce sont les inconvénients de la profession ! Je vais faire préparer ta valise.

Elle remonte vers la porte, deuxième plan gauche.
Petypon, accompagnant sa femme jusqu’au dessus du canapé.

S’il te plaît !

Madame Petypon sort.
Mongicourt, les mains dans les poches de son pantalon, gagnant la gauche, aussitôt la sortie de Madame Petypon.

Eh ! bien, tu en as un toupet !

Petypon, au fond.

Qu’est-ce que tu veux ? Je ne peux pas aller là-bas avec deux femmes ! On n’est pas des Turcs !