Scène XI
Ah ! te voilà !
Hein ! toi ici ?
Dieu soit loué ! J’arrive à temps ! Ah ! mon cher ! Je viens de faire deux cent cinquante kilomètres… — je ne le regrette pas ! — pour t’avertir qu’un grand danger te menace !
Allons, bon ! qu’est-ce que c’est encore ? Parle ! Je suis prêt à tout.
Ta femme… est ici !
Oh ! que c’est bête de me faire des peurs comme ça !
Hein ?
Non, vrai, si c’est pour ça, tu aurais aussi bien fait de ne pas te déranger !
Comment ! tu le savais ?
Mais, voilà une heure qu’elle est ici ! Ce que j’ai eu de la peine à m’en débarrasser !
J’en ai eu le pressentiment ! C’est fait, alors ? Ah ! tant mieux !… (S’épongeant le front avec un mouchoir.) Mais, n’est-ce pas, je ne savais pas, moi ! Quand j’ai appris que ta femme partait, je me suis dit : « Il faut que j’aille prévenir Petypon ! » J’ai couru à la gare ; j’ai demandé à quelle heure le premier train ; j’ai sauté dedans, en me disant : « Ça y est. J’arriverai avant elle ! » Malheureusement, je n’ai pas réfléchi que le premier train était un omnibus, tandis que le second était un express ; de sorte que c’est le second qui arrivait le premier ! Comme dans l’Évangile : « les premiers seront les derniers ! »
Ah ! non ! pas de mots, hein ? je t’en prie !
Enfin, puisque tout s’est bien passé !…
Comment, « tout s’est bien passé ! » Et la Môme que tu oublies ! qui fait pataquès sur pataquès ! Ah ! il n’y a que toi qui puisses me tirer de là ! Va trouver le général ; dis-lui que tu es venu me chercher pour une opération qui ne souffre aucun retard ! J’invoque l’urgence ; j’emmène la Môme ; et pour le reste, je m’en charge ! (Le poussant vers le fond.) Va ! va !… et tu me sauves !
Entendu ! Où est le général !
Par là ! Dans le jardin ! avec ses invités !
J’y cours ! (Au moment de s’en aller.) Ah ! tu avais bien besoin de te mettre dans ce pétrin-là !