Scène XIII
Quelle drôle d’idée d’écrire au général puisqu’il est chez lui ! Enfin, ça le regarde !
C’est étonnant !… Tu n’as pas vu Corignon ? Je ne peux pas mettre la main dessus.
Mais, si fait ! (Déclamant.) Voici même une lettre, qu’entre vos mains, mon oncle, il m’a dit de remettre !
À moi ? quelle drôle d’idée ?… (Après avoir parcouru la lettre des yeux.) Oh !
Quoi ?
Mille tonnerres !
Qu’est-ce qu’il y a ?
Le polisson ! Il me rend sa parole et m’écrit qu’il part avec sa maîtresse !… Nom d’un chien ! Ah ! il croit que parce qu’il est mon filleul… Eh bien ! je lui ferai voir !… (Remontant et appelant en voyant Émile qui, venant du fond droit, est en train de traverser la terrasse.) Émile !
Mon général ?
Vous n’avez pas vu le lieutenant Corignon ?
Si, mon général ! il montait en voiture avec madame Petypon.
Hein ?…
Qu’est-ce que vous dites ?… avec madame Petypon ?… Corignon ?… (Brusquement, faisant pirouetter Émile par les épaules et l’envoyant baller d’une tape du plat de la main.) C’est bien ! allez ! (Redescendant vivement, à Petypon, tandis qu’Émile se sauve par la porte de gauche.) Tu as entendu ? Il a enlevé ta femme !
C’est vrai ?
« C’est vrai ! » C’est tout ce que tu trouves à dire : « C’est vrai » ? V’là tout l’effet que ça te fait ?… (Volubile et énergique, en marchant sur Petypon.) Oh ! mais, ça ne se passera pas comme ça ! Si tu es philosophe, moi je ne le suis pas !… Tu portes mon nom ; et tu sauras qu’il n’y a jamais eu de cornards dans ma famille ! ce n’est pas toi qui commenceras ! (Il est remonté à grandes enjambées jusqu’à la porte de gauche, l’ouvrant d’un coup de poing et appelant.) Émile !
Mon général ?
Vite ! préparez ma valise et celle de M. Petypon et descendez-les !
Bien, mon général.
Mais pourquoi ?
« Pourquoi ! » (Saisissant Petypon au collet et le secouant comme un prunier.) Tu penses que je vais les laisser filer sans que nous courions après ?… (L’envoyant no 1 près du piano.) Attends-moi ! (Tout en prenant son képi dont il se coiffe.) Je vais voir si par hasard ils n’ont pas encore eu le temps de partir. Et s’ils sont partis, je t’emmène et nous les rattraperons !
Ah ! général !…
Oh ! vous, la folle, foutez-moi la paix !