Scène II
Mais je répète à monsieur que madame arrive à l’instant de voyage ; et, après une nuit de chemin de fer, monsieur comprendra qu’à moins qu’il ne s’agisse d’une affaire très urgente !…
Oh ! oui !… très urgente !… Dites seulement à madame que c’est le duc de Valmonté et vous verrez !
Le duc de… ?
… Valmonté.
Ffuie !
Vous dites ?
Rien, monsieur ! rien !
Allez ! Madame doit m’attendre
Ah ! pour ça non, monsieur.
Non ?
Madame m’a dit qu’elle n’y était pour personne.
Eh ! ben !… vous voyez bien qu’elle m’attend !
Ah ?
Tenez !
Oh ! merci, monsieur ! (À part.) Oh ! ces grands seigneurs ! comme ils savent donner de la valeur à leurs moindres gestes ! (Haut, en avançant la chaise qui est près du canapé.) Je dirai que c’est urgent !
C’est ça ! (Arpentant un instant la scène, puis s’arrêtant en posant la main sur son cœur, comme pour en comprimer les battements.) Je suis très ému ! (Posant son bouquet et son chapeau sur la table et tirant de la poche à mouchoir de son veston une petite glace de poche, se mirant avec complaisance.) Pas mal ! En physique ! (Se regardant de plus près.) Aïe ! j’ai un bouton sur le nez ! c’est embêtant, moi qui n’en ai jamais ! Il faut que précisément aujourd’hui…! C’est l’émotion ! (Il remet le miroir dans sa poche, puis, reprenant son chapeau et son bouquet.) Je suis très ému !
Mais, enfin, voyons, je vous avais dit que je n’y étais pour personne !