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Classiquesen Ligne

Scène IV

GABRIELLE, PETYPON.
Petypon, surgissant de la tapisserie du fond.

Qui est-ce qui a sonné tout à l’heure ?

Gabrielle, se retournant à la voix de son mari.

Lucien !

Petypon (1), au fond.

Toi !… Ah ! çà, depuis quand es-tu arrivée ?

Gabrielle, au fond.

Mais depuis dix minutes ! Étienne m’avait dit que tu étais sorti.

Petypon.

Moi, pas du tout !… C’est-à-dire que j’étais sorti pour remettre une lettre à un commissionnaire… Mais il y a vingt-cinq minutes que je suis rentré. (Brusquement, la prenant par le poignet et la faisant descendre à l’avant-scène.) Ah ! te voilà !… eh bien, tu en as fait de belles !

Gabrielle, ahurie.

Moi ! Où ça ? Quand ça ? Comment ça, de belles ?

Petypon.

Mais, là-bas, chez mon oncle !

Gabrielle.

Ah ! non, celle-là est raide ! C’est bien à toi à me faire des reproches !

Petypon.

Mais, évidemment ! Te permettre de lever la main sur mon oncle !

Gabrielle.

Tu aurais peut-être voulu que j’acceptasse de sang-froid ses insultes !

Petypon, avec un haussement d’épaules.

Mais il n’a jamais eu l’intention de t’insulter !

Gabrielle, remontant et, par un mouvement arrondi, au-dessus de Petypon, gagnant jusque derrière le canapé.

Ah ! très bien ! Si tu trouves que ce qu’il m’a dit était une gracieuseté !

Petypon.

Enfin, quoi ?… Qu’est-ce qu’il t’a dit ?

Gabrielle, au-dessus du canapé.

Rien, rien. C’est entendu !… (Brusquement, venant s’appuyer sur le dossier du canapé comme sur la rampe d’un balcon.) Et à Mongicourt, hein ? ce pauvre Mongicourt qui ne lui avait rien fait… — Oh ! il en a ragé pendant tout le voyage ! — c’est peut-être aussi par gracieuseté qu’il lui a appliqué la main sur la figure ?

Elle est redescendue par la gauche du canapé sur lequel elle vient s’asseoir.

Petypon, haussant les épaules.

« Une gracieuseté » ! Évidemment non, ce n’est pas une gracieuseté ; mais, enfin, quand on a reçu une gifle, on éprouve le besoin de la rendre. C’est humain, ça.

Gabrielle.

Eh ! ben !… Tu étais là, il n’avait qu’à te la rendre.

Petypon.

À moi ?

Gabrielle.

Dame ! c’était plus logique que de la donner à Mongicourt !… Tu es mon mari ; ça te revenait !

Petypon, avec une révérence.

C’est ça, comment donc !… j’aurais même dû offrir ma joue ?

Gabrielle, se levant.

Ah ! la la ! J’aurais mieux fait de ne pas y mettre les pieds, dans son sale château !… (Gagnant la gauche.) Tout ça pour arriver à me faire traiter de drôlesse.

Petypon.

Pourquoi as-tu pris ça pour toi ?… Il parlait peut-être d’une autre personne ! Il y a plus d’une femme à la foire qui s’appelle… Martin !

Gabrielle.

Mais qui ?

Petypon, écartant de grands bras, tout en gagnant la droite.

Ah ! qui ? qui ? est-ce que je sais, moi ?

Gabrielle, brusquement.

J’y suis !

Petypon, étonné, se retournant à l’exclamation de Gabrielle.

Tu y es ?

Gabrielle, en ponctuant chaque syllabe.

Il parlait de ta tante !

Petypon, faisant deux pas vers Gabrielle.

De ma ?… (Saisissant la balle au bond.)) Oui ! oui ! Voilà ! (À part, les yeux au ciel.) Pardonne-moi, pauvre tante, si tu m’entends là-haut !

Il gagne la droite.
Gabrielle.

Oh ! je suis désolée ! Qui aurait cru ça ? Une femme si charmante !… (Un temps.) C’est vrai que je l’avais trouvée tout de même un peu drôle !

Petypon, ahuri, revenant vers Gabrielle.

Comment, « tu l’avais trouvée » ? tu ne l’as jamais vue !

Gabrielle.

Moi ? si !

Petypon, de plus en plus étonné.

Quand ?

Gabrielle.

Hier !

Petypon, même jeu, très large.

Hein ?

Gabrielle, s’asseyant sur le canapé.

Le Général nous a présentées !

Petypon.

Il vous a… ! (À part, ahuri, tout en gagnant l’extrême droite.) Ah ! çà, voyons, voyons ! Je n’y suis plus, moi ! (Récapitulant.) — Elle a vu ma tante, qui n’est plus depuis huit ans ! (Un temps.) et c’est mon oncle qui la lui a présentée ??? (Haut à Gabrielle, en allant vers elle.) Voyons, tu es bien sûre que mon oncle ?…