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Classiquesen Ligne

Scène VII

LE GÉNÉRAL, LA MÔME, ÉTIENNE, puis GABRIELLE.
Le Général, qui tient sous son bras deux épées enveloppées dans leur fourreau.

C’est bon ! Eh bien ! maintenant, allez prévenir le docteur que le général le demande.

Étienne, précisant.

Le Général… et madame !

Le Général.

Non !… non ! ne parlez pas de madame ! Dites le général tout simplement.

Étienne, reluquant avant de sortir la paire d’épées que le général tient maintenant par les poignées, les pointes à terre.

Quel drôle de parapluie !

Il sort par la droite.
Le Général, tout en posant ses épées contre la chaise à droite de la baie.

Et maintenant, nous allons tout arranger !

Il pose son chapeau sur la table.

La Môme.

Oui, oh ! ben !… Si vous croyez qu’il tient tant que ça à me voir !

Le Général.

Mais si ! Mais si ! Mais, au fait, il vaut peut-être mieux que je lui parle avant !… Tenez ! entrez donc par là dans le petit salon. Je vous appellerai au moment voulu.

Il la fait passer no 2.
La Môme, au général qui la conduit jusqu’à la porte de droite.

C’est ça, mon oncle ! vous m’appellerez !

Elle sort.
Le Général, descendant à droite de la table.

Ah ! bien, il va en avoir une surprise ! (On frappe à la porte de gauche, deuxième plan.) Entrez !

Gabrielle, passant la tête par la porte entre-bâillée.

La conférence est terminée ?

Le Général, à part.

Sapristi ! la folle !

Gabrielle, à part.

Le Général !

Le Général, à part.

Mais qu’est-ce qu’elle fiche toujours chez mon neveu, celle-là ?

Gabrielle, gagnant, toute sautillante, jusqu’à la gauche de la table.

Ah ! général ! que je suis heureuse !…

Le Général, frappant la table d’un violent coup du plat de la main, ce qui arrête net l’élan de Gabrielle.

Ah ! je vous en prie, madame ! Après ce qui s’est passé entre nous !…

Gabrielle, minaudant.

Quoi, général, vous y pensez encore ?

Le Général.

Comment, si j’y pense !… Ma parole, vous ne me paraissez pas avoir la moindre conscience de la gravité de vos actes.

Il descend un peu à droite.
Gabrielle, de même.

Oh ! si, mon oncle !

Le Général, se retournant et flanquant une nouvelle tape sur le coin de la table.

Ah ! et puis, ne m’appelez pas « mon oncle » ! (Un temps.) Appelez-moi « général ».

Il s’assied dans le fauteuil à droite de la table et face à elle.
Gabrielle, de même.

Quoi ? vous ne voulez pas que je sois votre nièce ?

Le Général.

Non !… (Prononcer « nan ».) Avant l’incident, j’ai bien voulu me prêter !… mais maintenant !…

Gabrielle, au milieu.

Vous êtes donc intraitable ! Ah ! si vous saviez combien je regrette ce qui s’est passé.

Le Général.

Il est bien temps, madame !

Gabrielle.

Mais, vous savez, j’étais déjà très énervée par l’apparition de tous ces revenants !

Le Général, avec un grand coup de poing sur la table qui fait sursauter Gabrielle.

Ah ! non, hein ! Je vous en prie ! (Se levant.) Ne faisons pas intervenir des blagues dans les choses sérieuses !

Gabrielle.

Des blagues ! mais, général, je vous jure !…

Le Général.

Tenez, voulez-vous que je vous donne un bon conseil ? Eh ! bien, quand il vous arrivera d’en voir encore, des apparitions, prenez donc une bonne trique ; et flanquez-lui une roulée à votre apparition ; vous verrez ce qu’il en restera !

Gabrielle, gagnant légèrement la gauche.

Oh ! général, pouvez-vous blasphémer !

Le Général.

Parfaitement ! (Tout en venant à elle.) Ça vous édifiera sur la valeur de vos croyances, et évitera pour l’avenir de vous faire commettre des actes… que vous déplorez ensuite.

Gabrielle, avec élan.

Oh ! oui, général, de tout mon cœur ! et je vous en demande bien sincèrement pardon.

Le Général, promène un instant sur elle un regard de côté, puis sur un ton radouci.

Allons ! soit, madame ! (Lui donnant une petite tape amicale, sur la joue.) devant l’expression de vos regrets…

Gabrielle, même jeu.

Ah ! général !…

Le Général, l’arrêtant court.

Mais ceci, bien entendu, à la condition que votre mari confirme vos excuses en y ajoutant les siennes !

Il passe no 1 devant Gabrielle.
Gabrielle.

Oh ! si ce n’est que ça, il vous les fera.

Le Général.

Vous comprenez, moi… j’ai giflé votre mari !

Gabrielle[1].

Hein ! aussi ? Il ne me l’avait pas dit.

Le Général.

Tiens parbleu ! il ne s’en est pas vanté ! (Remontant fond droit.) Moi, au fond, je ne lui en veux pas.