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Classiquesen Ligne

Scène VIII

Les Mêmes, PETYPON.
Petypon (1), surgissant du fond.

Ah ! mon oncle ! (À part.) Fichtre, ma femme !

Le Général (2), se retournant à la voix de Petypon.

Eh ! Arrive donc, toi ! tu me fais attendre.

En ce disant, il descend obliquement vers la gauche en passant devant Petypon.
Gabrielle, qui est allée vivement à Petypon.

Ah ! Lucien ! Nous nous sommes expliqués avec le général. Il est bon ! Il m’a pardonné.

Petypon.

Oui ?

Le Général, de l’extrême gauche et face au public.

Ah ! oui, mais à condition que votre mari me fera des excuses.

Petypon.

Mais comment donc ! Mais c’est entendu.

Le Général, entre chair et cuir.

Oui ! Enfin ça… c’est son affaire !

Il s’assied sur le canapé.
Petypon.

Chère amie, j’ai à causer avec mon oncle, alors, si tu veux bien !…

Gabrielle, se dirigeant vers la porte de droite, accompagnée par Petypon.

Oui, oui ! comment donc ! (Fausse sortie. Se retournant vers Petypon, et à voix basse.) Dis-donc ! Tu ne m’avais pas dit que le général t’avait giflé.

Petypon, la suivant.

Hein ! Moi ? Quand ça donc ?

Gabrielle.

C’est lui qui vient de me le dire…

Petypon.

Ah ! oui !… Oh ! j’étais tout petit !

Gabrielle.

Mais non, hier !

Petypon.

Ah ! hier, oui ! oui ! oh ! mais si gentiment.

Gabrielle.

Ah ?

Petypon.

D’un oncle, tu sais, c’est une taloche.

Gabrielle, peu convaincue par cette explication.

Oui ! Oui !

Petypon.

Allez ! va ! va !

Il la fait sortir et referme la porte.
Le Général, qui de son canapé n’a pas cessé de les observer d’un œil amusé.

Dis-donc ! C’est pas possible ! T’en pinces pour elle !

Petypon, redescendant.

Hein ! Moi ? Pourquoi ?

Le Général.

Dame, chaque fois qu’on vient ici on la trouve !… Sais-tu que, si elle était un peu moins… blette, ça donnerait à jaser !

Il se lève.
Petypon, qui goûte peu ce genre de plaisanterie.

Oh ! mon oncle.

Le Général, se rapprochant de Petypon.

Comment s’appelle-t-elle déjà ? Tu me l’as présentée, mais je ne peux jamais me rappeler un nom !

Petypon, vivement.

Hein ?… Madame, euh !… (S’arrêtant court, puis bien froidement.) Madame Mongicourt.

Le Général.

Ah ! C’est ça !… Oui, oui ! « Mongicourt » ! (Répétant.) « Mongicourt » ! Je penserai à « gilet ».

Petypon (2), le regardant étonné.

À « gilet » ?

Le Général.

Oui !… « Mon-gilet-est-trop-court »… « Mon-gilet-est-court »… « Mon-gilet-court »… « Mongicourt ! » (Un temps.) J’arrive au nom comme ça.

Petypon.

Ah ! oui !… (Un temps.) Maintenant, est-ce que vous ne croyez pas que vous auriez plus vite fait de vous rappeler « Mongicourt » tout bonnement ?

Le Général (1), dégageant à gauche.

Oh ! la ! la ! Oh ! non !… Non !… c’est trop compliqué !

Petypon.

Ah ?

Le Général, revenant à Lucien.

Mais, je ne suis pas venu ici pour parler de ça ! Lucien ! je viens te prêcher la conciliation.

Petypon.

Comment ça ?

Le Général.

Il ne s’est rien passé entre ta femme et Corignon !

Petypon, jouant le doute.

Oui, oh !…

Le Général, l’arrêtant du geste.

J’en ai eu la certitude… Donc, je viens te dire : « Oublie et pardonne ! »

Petypon.

Ah ! mon oncle ! (Lui prenant la main.) c’est tellement mon avis, que je vous ai écrit ce matin pour vous annoncer que je pardonnais à ma femme ; et que, pour sceller la réconciliation, je l’emmenais dès ce soir en Italie !

Le Général.

Oui ? Ah ! que je suis heureux ! (Brusquement le faisant virevolter par les épaules.) Attends-moi ! Attends-moi !

Il se dirige précipitamment vers la porte fond droit en passant au-dessus de Petypon.

Petypon, abasourdi.

Hein ? Quoi ? Qu’est-ce ?

Le Général.

Attends-moi !

Il sort.
Petypon, abasourdi, gagnant la gauche devant le canapé.

Eh bien ! où va-t-il ? Qu’est-ce qui lui prend ?… Ah ! la ! la ! Quel bolide que cet homme ! Heureusement que je suis pas fragile !