Scène VIII
Ah ! mon oncle ! (À part.) Fichtre, ma femme !
Eh ! Arrive donc, toi ! tu me fais attendre.
Ah ! Lucien ! Nous nous sommes expliqués avec le général. Il est bon ! Il m’a pardonné.
Oui ?
Ah ! oui, mais à condition que votre mari me fera des excuses.
Mais comment donc ! Mais c’est entendu.
Oui ! Enfin ça… c’est son affaire !
Chère amie, j’ai à causer avec mon oncle, alors, si tu veux bien !…
Oui, oui ! comment donc ! (Fausse sortie. Se retournant vers Petypon, et à voix basse.) Dis-donc ! Tu ne m’avais pas dit que le général t’avait giflé.
Hein ! Moi ? Quand ça donc ?
C’est lui qui vient de me le dire…
Ah ! oui !… Oh ! j’étais tout petit !
Mais non, hier !
Ah ! hier, oui ! oui ! oh ! mais si gentiment.
Ah ?
D’un oncle, tu sais, c’est une taloche.
Oui ! Oui !
Allez ! va ! va !
Dis-donc ! C’est pas possible ! T’en pinces pour elle !
Hein ! Moi ? Pourquoi ?
Dame, chaque fois qu’on vient ici on la trouve !… Sais-tu que, si elle était un peu moins… blette, ça donnerait à jaser !
Oh ! mon oncle.
Comment s’appelle-t-elle déjà ? Tu me l’as présentée, mais je ne peux jamais me rappeler un nom !
Hein ?… Madame, euh !… (S’arrêtant court, puis bien froidement.) Madame Mongicourt.
Ah ! C’est ça !… Oui, oui ! « Mongicourt » ! (Répétant.) « Mongicourt » ! Je penserai à « gilet ».
À « gilet » ?
Oui !… « Mon-gilet-est-trop-court »… « Mon-gilet-est-court »… « Mon-gilet-court »… « Mongicourt ! » (Un temps.) J’arrive au nom comme ça.
Ah ! oui !… (Un temps.) Maintenant, est-ce que vous ne croyez pas que vous auriez plus vite fait de vous rappeler « Mongicourt » tout bonnement ?
Oh ! la ! la ! Oh ! non !… Non !… c’est trop compliqué !
Ah ?
Mais, je ne suis pas venu ici pour parler de ça ! Lucien ! je viens te prêcher la conciliation.
Comment ça ?
Il ne s’est rien passé entre ta femme et Corignon !
Oui, oh !…
J’en ai eu la certitude… Donc, je viens te dire : « Oublie et pardonne ! »
Ah ! mon oncle ! (Lui prenant la main.) c’est tellement mon avis, que je vous ai écrit ce matin pour vous annoncer que je pardonnais à ma femme ; et que, pour sceller la réconciliation, je l’emmenais dès ce soir en Italie !
Oui ? Ah ! que je suis heureux ! (Brusquement le faisant virevolter par les épaules.) Attends-moi ! Attends-moi !
Hein ? Quoi ? Qu’est-ce ?
Attends-moi !
Eh bien ! où va-t-il ? Qu’est-ce qui lui prend ?… Ah ! la ! la ! Quel bolide que cet homme ! Heureusement que je suis pas fragile !