Scène XVI
Ah !
Sapristi, ma femme !
Ça y est ! v’la la loufetingue !
Oh !… Comment, c’est toi ! C’est toi qui est là !
Hein !
Mais oui, c’est… c’est moi !
Ah ! que je suis contente de te voir !
Ma femme tutoie la Môme !
Ah ! ma tante !
Qu’est-ce qu’elle dit ?
Ma chère tante !
Ça y est !… v’là la crise…
Ah ! ce que je suis contente !… (Passant 2 et à Petypon.) Ma tante ! C’est ma tante ! (À la Môme.) Oh ! mais, je ne t’ai pas dit… Je ne t’ai pas dit ce qui s’est passé à la Membrole !
Non !…
Non ! non ! C’est pas la peine ! nous savons ! nous savons !
Mais ma tante ne sait pas…
Oui, eh ! bien, c’est pas le moment ! pas ici ! pas ici !
Ah ! comme tu voudras ! (À la Môme.) Eh ! bien, alors, viens dans ma chambre ; je te raconterai.
Mais non ! mais non !
Mais si, quoi ?… Je te laisse avec le général et j’emmène ma tante !… (Avec élan.) Viens, ma tante !… ma chère tante !
Mais, voyons…
Oh ! ce qu’elle m’embête, ma nièce !
Mon Dieu ! Il me semble que je navigue dans un rébus !
Ah ! c’est pas pour dire, mais elle est vraiment marteau avec sa manie de parenté !…
Oui !… Oui ! elle est un peu…
Mais laissons cette échappée de cabanon…
Oh !
… et parlons de toi. Tu ne saurais croire combien je suis content de t’avoir ramené ta femme.
Ma f… Ah ! et moi donc !
Quand on pense que tu délaisses une petite femme comme ça ! Mais elle est adorable, idiot ! (Il lui envoie une bourrade au défaut de l’épaule.) Elle est exquise, brute ! (Nouvelle bourrade.) Mais tu veux donc qu’un autre te la souffle, daim !
Eh ! mais dites donc !… vous me paraissez bien emballé, mon oncle !
Moi ?… Ah ! je ne le cache pas ! Si elle n’était pas ta femme !… si elle n’était pas ma nièce !… Ah ! ah-ah-ha-ha !… (Ne sachant comment traduire mieux sa pensée.) Et allez donc, c’est pas mon père !
Qu’est-ce que vous feriez donc ?
Ah !… je ne sais pas ! Je crois, nom d’une brique ! que je serais capable de t’avantager sur mon testament !
Non ?… Votre parole ?
Ma Parole !
Mon Dieu, et moi qui me donnais tout ce mal !… (Allant au général et bien lentement pour ménager son effet.) Eh bien ! mon oncle, soyez heureux !… Elle n’est pas ma femme !
En vérité !
Non !
Elle est bonne !
Comment ?
Elle est bonne ! Elle est bonne ! Elle est bonne !
Mais, mon oncle !…
Ah ! assez, hein ? tu ne vas pas encore recommencer ! Si tu dois me la faire comme ça tous les deux jours… Ah ! non, non, ça ne prend plus !
Je vous assure, mon oncle…
Oui, eh ! ben, assez ! J’aime pas les blagues.
Monsieur !…
Ah ! ça n’est pas ta femme ! Eh bien ! nous allons bien voir ! (Se campant, le poids du corps sur les genoux écartés et pliés, les deux mains étendues pour parer à toute communication d’un personnage avec l’autre, — à Étienne.) Eh ! vous !… je ne sais pas comment vous vous appelez… (Bien posément, comme pour l’énoncé d’un problème.) De qui madame Petypon est-elle la femme ? (Vivement, à Petypon.) Chut !
Mais… de monsieur Petypon.
Là ! je savais bien !
Mais… il est bête !
Ah ! non, non ! il est étonnant ! Il n’y a que quand on lui ment qu’il vous croit, cet homme-là !
Monsieur ! Ce sont les deux messieurs de tout à l’heure qui demandent si on ne les a pas oubliés ?
Ah ! c’est juste ! Faites-les entrer.
Ah ! bon, les autres maintenant !