La Prisonnière (1923, posthume), cinquième volume du cycle À la recherche du temps perdu publié après la mort de Proust, décrit la cohabitation de plus en plus étouffante et obsessionnelle entre le narrateur et Albertine, qu'il a installée dans son propre appartement parisien et qu'il surveille jalousement avec une intensité maladive, persuadé de ses infidélités possibles notamment envers d'autres femmes, dans une relation qui a définitivement basculé de la passion amoureuse initiale vers une forme de possession quasi carcérale où le narrateur, tout en prétendant aimer Albertine, cherche avant tout à la contrôler et à la surveiller plutôt qu'à véritablement partager avec elle une relation d'égal à égal. Proust y pousse à son paroxysme sa réflexion caractéristique sur l'impossibilité fondamentale de connaître véritablement et complètement l'être aimé, dont la vie intérieure et les désirs authentiques échappent nécessairement à toute tentative de possession ou de contrôle exhaustif, le narrateur multipliant les stratagèmes de surveillance et d'enquête sur les faits et gestes d'Albertine sans jamais parvenir à dissiper totalement ses soupçons ni à atteindre une certitude définitive sur la fidélité réelle de sa compagne captive. Ce volume, qui approfondit considérablement la réflexion proustienne sur la jalousie comme moteur paradoxal de la connaissance amoureuse, dans la mesure où le doute jaloux pousse l'amant à chercher sans cesse à percer les secrets de l'être aimé sans jamais y parvenir totalement, prépare directement le dénouement tragique de la relation qui interviendra dans le volume suivant, Albertine disparue. Par sa description clinique de la jalousie possessive, ce cinquième volume approfondit magistralement l'analyse proustienne de la passion amoureuse. Ce volume, publié après la mort de Proust à partir de manuscrits qu'il n'avait pas eu le temps de mettre en forme définitive, doit une partie de son titre et de sa structure aux choix éditoriaux de son frère Robert Proust et de l'éditeur Jacques Rivière.