Aller au contenu principal
Classiquesen Ligne

§ 2. — Les définitions de la morale. Le bien et le mal.

Avant d’examiner les bases de la morale, voyons d’abord en quoi elle consiste. Demandons-nous quel sens attacher à ces mots d’un usage si journalier : le bien et le mal, le vice et la vertu.

Les dictionnaires définissent habituellement la morale : une science qui indique les règles de conduite à suivre pour faire le bien et éviter le mal. La vertu se caractérise par une disposition de l’âme la conduisant à pratiquer le bien et fuir le mal, c’est-à-dire obéir aux règles morales. Le vice signifie la disposition contraire.

Mais en quoi consistent le bien et le mal ? Leur définition embarrassante aujourd’hui, même pour des esprits fort perspicaces, semblait très simple aux savants du dernier siècle. Voici, par exemple, comment un des plus illustres d’entre eux, Berthelot, expliquait en quelques lignes le problème de la morale. « Le sentiment du bien et du mal est un fait primordial de la nature humaine ; il s’impose à nous en dehors de tout raisonnement, de toute croyance dogmatique, de toute idée de peine ou de récompense. La notion du devoir, c’est-à-dire la règle de la vie pratique, est par là même reconnue comme un fait primitif, en dehors et au-dessus de toute discussion. »

Rien de plus simple, on le voit. Il n’est guère de philosophe moderne qui ne jugerait les assertions précédentes entièrement dénuées de preuves et contraires même aux enseignements de l’observation.

Il semble intéressant de comparer la définition du bien et du mal que donnait Berthelot il y a cinquante ans avec celle fournie récemment par un autre savant, M. Perrier, directeur du Muséum.

« La notion du bien et du mal, dit-il, est une notion que nous avons imaginée pour faciliter nos rapports sociaux. Nous appelons bien ce qui est avantageux pour la société, nous appelons mal tout acte qui sacrifie l’intérêt social à l’intérêt particulier. »

Vertu et vice désigneraient donc simplement les actes utiles ou nuisibles à la société. Le dévouement à l’intérêt de la communauté, le patriotisme, la loyauté étant très nécessaires à la collectivité sont des vertus. L’égoïsme, la violence, le vol lui étant funestes sont des vices.

Mais cette théorie ne s’applique qu’à la morale collective et n’éclaire en rien la genèse de la morale individuelle. Morale individuelle et morale collective doivent, nous allons le montrer, être nettement différenciées.