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Classiquesen Ligne

§ 5. — Les rapports de l’instruction et de la morale.

Une des plus persistantes illusions de la démocratie moderne est de supposer l’instruction capable de développer les vertus morales. Tout récemment encore, un ancien ministre de la République écrivait un gros livre pour tâcher de prouver que l’instruction est un moyen infaillible de perfectionner la moralité. Une faible dose d’observation révèle cependant que le savoir individuel ne possède aucun rapport avec le sens moral. On peut être très ignorant et fort vertueux, ou inversement, extrêmement savant et très vicieux. J’en ai fourni de célèbres exemples dans un autre ouvrage et me bornerai à faire remarquer maintenant qu’à l’Académie française les prix de vertu sont généralement obtenus par des illettrés.

L’illusoire théorie de l’influence de l’instruction sur la morale est d’ailleurs fort ancienne. Les Grecs de l’époque de Socrate essayaient déjà d’édifier des codes de morale rationnelle. Ils supposaient, comme tant de personnes le croient encore, que nos fautes étant imputables à notre ignorance, l’instruction y remédierait facilement. Il suffirait d’apprendre par cœur un traité de morale, ainsi qu’un livre de droit civil ou de physique.

La moralité et l’instruction sont en réalité très indépendantes. Les facultés critiques développées par l’instruction serviraient plutôt à ébranler les fondements affectifs et mystiques, bases de beaucoup de vertus.

Je ne crois vraiment pas nécessaire d’insister davantage pour montrer que les connaissances accumulées par l’intelligence n’ont aucune influence sur la morale. Qui en douterait encore n’aurait qu’à constater combien diffèrent souvent par leur moralité des enfants appartenant à la même famille, ayant reçu une instruction identique dans un même établissement d’enseignement.