La Vie et la Mort du roi Richard III (vers 1593), l'une des premières grandes tragédies historiques de Shakespeare, retrace l'ascension impitoyable de Richard, duc de Gloucester, personnage difforme et d'une intelligence machiavélique redoutable, qui élimine méthodiquement, par le mensonge, la manipulation et le meurtre commandité, tous ceux qui se dressent entre lui et le trône d'Angleterre, à commencer par son propre frère le duc de Clarence puis par ses deux jeunes neveux, les célèbres « princes de la Tour », qu'il fait assassiner en secret dans la Tour de Londres pour s'emparer définitivement de la couronne. Shakespeare y développe un personnage de tyran d'une noirceur et d'une séduction perverse exceptionnelles, s'adressant directement au public dans de longs monologues où Richard expose avec une franchise cynique et presque jouissive ses machinations les plus scélérates, notamment lorsqu'il parvient à séduire et à épouser Lady Anne alors même qu'elle porte encore le deuil de son mari et de son beau-père qu'il a lui-même fait assassiner, prouesse de manipulation qui illustre toute l'étendue de son charisme diabolique. La pièce s'achève sur la bataille de Bosworth Field en 1485, où Richard, trahi par plusieurs de ses propres alliés et hanté la nuit précédente par les spectres de toutes ses victimes, est finalement vaincu et tué par Henry Tudor, futur Henri VII, dont l'accession au trône met fin à la guerre des Deux-Roses et fonde la dynastie Tudor. Restée célèbre pour sa réplique désespérée « Un cheval ! Mon royaume pour un cheval ! » lancée par Richard cerné sur le champ de bataille, cette tragédie demeure l'une des pièces historiques les plus jouées du répertoire shakespearien pour la fascination trouble qu'exerce son protagoniste. Cette pièce clôt la grande tétralogie historique consacrée par Shakespeare à la guerre des Deux-Roses, entamée dans les trois parties de Henri VI, dont elle constitue l'aboutissement dramatique le plus abouti.