HISTOIRE
DE LA BOMBE DE ZÉRO
J’avais donné rendez-vous pour dîner à un de nos affidés les plus sûrs, dans un cabinet particulier de St James’s Hall. Celui dont je vous parle vous est connu : c’est Mac Guire, homme de caractère chevaleresque, mais peu expert dans le métier. De là, la raison d’être de notre rendez-vous ; car je n’ai pas besoin d’insister ici sur l’importance de l’ajustement précis de l’engin. Je réglai la batterie de façon que le chien frappât la capsule une demi-heure plus tard, le lieu choisi pour l’attentat n’étant pas éloigné ; et pour éviter tout mécompte, j’employai un stratagème inventé tout récemment par moi, par lequel, en ouvrant le sac qui contenait la bombe, on devait déterminer l’explosion. Cette disposition, nouvelle pour lui, ne fut guère du goût de mon ami ; il me prouva, avec le bon sens qui le distingue, que, s’il était arrêté, sa perte ne serait pas moins certaine que celle de nos adversaires. Mais je ne me laissai pas ébranler par ses raisons ; je fis appel à son patriotisme, lui versai un grand verre de whisky et l’envoyai remplir sa glorieuse mission.
Nous avions pris pour objectif la statue de Shakespeare dans Leicester Square ; endroit admirablement choisi, non seulement à cause du dramaturge, que le peuple anglais a encore la folie de regarder comme une des gloires nationales malgré ses opinions politiques révoltantes, mais surtout parce que les sièges, dans le voisinage immédiat, sont souvent occupés par des enfants, des petits vagabonds, de pauvres jeunes femmes de la basse classe et de vieux invalides, toutes gens faisant directement appel à la pitié publique, et par conséquent répondant parfaitement à notre dessein. Quand Mac Guire s’approcha, le noble sentiment du triomphe enflamma son cœur. Jamais il n’avait vu pareille foule dans le jardin ; des enfants, tombant encore parfois sur le nez dans l’impuissance de leur tendre jeunesse, couraient de-ci de-là, criant et jouant tout autour du piédestal ; un vieil invalide était assis sur le banc voisin, une médaille sur la poitrine, une béquille appuyée contre son genou. Ainsi, la coupable Angleterre serait frappée dans ses œuvres vives ; le moment était, en vérité, des plus propices, et Mac Guire, radieux et sûr du succès, s’avançait à grands pas. Soudain son œil fut désagréablement surpris par l’apparition d’un sergent de ville qui se posta au pied de la statue. Mon brave compagnon s’arrêta ; il jeta autour de lui un regard scrutateur ; çà et là, en différents points du jardin, étaient d’autres individus affectant de flâner, affectant de causer d’un air distrait, affectant de regarder les arbustes, affectant d’être fatigués et de se reposer sur les bancs. Mac Guire n’est pas novice en ces sortes d’affaires ; il flaira immédiatement une machination de l’astucieux Gladstone.
Une difficulté capitale, avec laquelle nous avons toujours à compter, c’est une certaine nervosité chez les unités subalternes de notre armée. Quand approche l’heure de quelque grande tentative, ces poules mouillées paraissent bouleversées et souvent font parvenir aux autorités, je ne dirai pas positivement des dénonciations, mais des avis vagues et anonymes. Sans cette circonstance purement accidentelle, il y a longtemps que le mot Angleterre ne serait plus qu’une dénomination historique. Au reçu d’une de ces lettres, le gouvernement tend une souricière à ses adversaires et enveloppe l’endroit désigné de ses mouchards. Mon sang bout quand je vois des gens qui se vendent à une telle cause. Il est vrai que, grâce à la générosité de nos protecteurs, nous autres, patriotes, nous recevons une allocation très convenable ; moi-même je touche un juste salaire qui me met au-dessus des mesquines préoccupations de l’existence ; Mac Guire, avant de se joindre aux compagnons, crevait littéralement de faim, et maintenant, Dieu merci, il vit fort à l’aise. Il faut qu’il en soit ainsi : le patriote ne doit pas être distrait de sa tâche par les soucis matériels, et la différence de notre position et de celle de la police saute aux yeux.
Il était donc évident que notre projet pour Leicester Square avait été divulgué ; le gouvernement avait insidieusement lancé dans la place ses plus fins limiers ; l’invalide même était peut-être un mouchard déguisé, et notre émissaire, sans autre aide ou protection que son petit appareil dans la boîte, se trouvait attaqué par la force, la force brutale, la main de fer qui caractérise les siècles de tyrannie. S’il s’avisait de déposer sa machine, il était presque certain d’être observé et aussitôt arrêté ; le tumulte serait bientôt à son comble, et il serait à craindre que la police alors ne fût pas en force suffisante pour le protéger contre la rage de la populace. Il fallait remettre l’exécution du plan. Le sac sous le bras, il paraissait contempler la façade de l’Alhambra, lorsque, rapide comme l’éclair, lui passa par la tête une idée de nature à épouvanter les plus braves. La machine était montée ; à l’heure fixée, elle devait faire explosion ; comment s’en débarrasser avant ce moment-là ?
Mettez-vous, je vous prie, pour un instant, dans la peau de ce patriote. Sans ami, sans secours possible, à la fleur de l’âge (car il n’a pas quarante ans), de longues années de bonheur devant lui et condamné à une mort cruelle et misérable par la dynamite ! Le square exécutait autour de lui une ronde folle ; il voyait l’Alhambra s’élever dans les airs comme un ballon ; il s’appuya contre une grille. Il est probable qu’il perdit connaissance.
Quand il revint à lui, un sergent de ville veillait à ses côtés.
— Grand Dieu ! s’écria-t-il.
— Vous semblez indisposé, monsieur, dit le limier.
— Je me sens beaucoup mieux ! murmura le pauvre Mac Guire ; et chancelant comme un ivrogne, car le sol du square semblait se dérober sous ses pas, il quitta la scène de ce désastre. Fuir ! Mais où fuir, hélas ! N’emportait-il pas avec lui ce qu’il aurait dû fuir ? Eût-il possédé les ailes de l’aigle, la légèreté du vent, eût-il pu s’enfoncer jusqu’au centre de la terre, il n’aurait pas évité le sort terrible qui l’attendait à l’heure fixée. Nous avons entendu parler de prisonniers ayant un cadavre pour compagnon de chaîne ; l’aggravation de peine, froidement considérée, est purement sentimentale ; mais figurez-vous, monsieur, les tortures morales de celui qui est enchaîné, comme le pauvre Mac Guire, à une bombe explosive !
Comme il passait dans Green Street, une angoisse lui serra le cœur dans son étreinte de fer : si l’heure était arrivée déjà ? Il s’arrêta un instant, foudroyé, puis, d’un geste violent, tira sa montre ; une tempête horrible sifflait à ses oreilles ; ses yeux parfois étaient complètement obscurcis ; parfois, il distinguait les grains de poussière sur le trottoir. Mais ces intervalles lucides étaient si courts et la montre tremblait avec tant de violence dans sa main qu’il était impossible de distinguer les chiffres du cadran. Il ferma les yeux, et, en quelques secondes, il lui sembla avoir vieilli de cinquante ans. Il put enfin voir l’heure distinctement : il lui restait vingt minutes. Vingt minutes et pas de plan arrêté !
Green Street était déserte à ce moment. Mac Guire aperçut une fillette d’environ six ans qui venait droit à lui, sautant à cloche-pied et chassant devant elle, comme font les enfants, un morceau de bois. Elle chantait, et quelque chose dans sa voix, lui rappelant le passé, produisit dans son esprit une soudaine clarté. Oui, l’occasion était vraiment providentielle !
— Ma petite, dit-il, voulez-vous que je vous fasse cadeau d’un joli sac ?
L’enfant poussa un cri de joie et tendit les mains. Elle avait d’abord regardé l’objet, en vraie enfant qu’elle était ; mais malheureusement, avant d’avoir en main le don fatal, ses yeux se levèrent sur Mac Guire, et à peine eut-elle aperçu la figure du pauvre homme qu’elle se mit à hurler de toutes ses forces et à s’enfuir comme si elle avait vu le diable en personne. Presque au même instant, une femme parut sur le seuil d’une boutique et appela l’enfant d’une voix grondeuse : « Venez ici, petite sotte, dit-elle, et n’ennuyez pas ce bon vieux monsieur ! » Là-dessus, elle rentra dans la maison, et l’enfant la suivit en sanglotant. La perte de cette dernière espérance ôta pour un moment au pauvre Mac Guire la conscience de ses actes. Quand il sortit de cette prostration, il se trouvait devant Saint-Martin’s-in-the-Fields, titubant, trébuchant à chaque pas, n’en pouvant plus. Les passants le regardaient d’un œil où il apercevait, comme dans un miroir, un reflet de la terreur qui lui-même le rendait fou.
— Vous me semblez bien malade, monsieur, dit une femme s’arrêtant et le regardant fixement. Puis-je faire quelque chose pour vous aider ?
— Malade ? dit Mac Guire. Ô mon Dieu ! Alors reprenant un peu d’empire sur lui : Chronique, madame, dit-il ; fréquents accès de fièvre intermittente. Mais puisque vous êtes si bonne… une course que je n’ai pas la force… ce sac… Portman Square, ô femme compatissante ! Si vous espérez être sauvée au jour de jugement, si vous êtes mère, au nom de ces petits êtres qui vous attendent joyeux au logis, portez ce sac à Portman Square. Moi aussi, j’ai une mère, ajouta-t-il d’une voix brisée ; numéro 19, Portman Square.
Je suppose qu’il avait mis trop d’énergie dans son appel, car la femme prit peur : Pauvre homme ! murmura-t-elle ; si j’étais à votre place, je rentrerais vite chez moi. Et elle l’abandonna à son malheureux sort.
— Chez moi ! pensa Mac Guire ; quelle ironie ! Est-il encore un chez-soi pour la victime de la philanthropie ? Il pensa à sa vieille mère, à sa jeunesse heureuse ; à l’éclat hideux, déchirant de l’explosion ; il se représenta l’hypothèse où il ne serait pas tué, mais horriblement mutilé, estropié pour la vie, condamné à de perpétuelles souffrances, aveugle peut-être et sourd presque certainement. Ah ! vous traitiez de bagatelles les périls courus par le dynamiteur ! Mais sans parler de la mort, savez-vous ce que c’est pour un brave, jeune gaillard de quarante ans, d’être frappé tout à coup de surdité, privé de la musique de la vie, des accents de l’amitié et de l’amour ? Comme nous nous figurons mal les souffrances des autres ! Votre brutal gouvernement lui-même, malgré sa férocité et sa soif de vengeance, quoiqu’il ne se fasse pas scrupule de traquer les patriotes, de trier les jurys corrompus, de soudoyer le bourreau, de dresser le gibet d’infamie, hésiterait à infliger un pareil supplice à une créature, non pas, je le sais, par grandeur d’âme, non pas par philanthropie, mais par crainte du sanglant mépris des hommes vertueux.
Mais je reviens à Mac Guire ; après cette excursion vertigineuse au domaine du passé et de l’avenir, ses pensées retombèrent sans transition dans l’horrible réalité du présent. Comment était-il arrivé ici ? Combien avait-il mis de temps pour cela !… Pitié ! Pitié !… Combien de temps ? Il tira sa montre et vit que trois minutes seulement s’étaient écoulées. Il ne pouvait en croire ses yeux ; c’était merveilleux, c’était impossible !
Il regarda l’horloge de l’église. Ciel ! elle avançait de quatre minutes sur sa montre.
De toutes les angoisses qu’il avait éprouvées Mac Guire assure que ce fut celle-ci de beaucoup la plus poignante. Jusque-là, il avait eu un ami, un confident, en qui il plaçait une confiance sans bornes, qui lui disait les minutes lui restant à vivre ; au témoignage duquel il pouvait se fier pour calculer le moment précis où il faudrait risquer le grand coup, jeter le sac et s’enfuir. Et maintenant à qui se fier ? Sa montre retardait, il n’avait donc plus le laps de temps sur lequel il comptait d’abord, mais combien lui restait-il exactement ? De combien une montre pouvait-elle retarder en une demi-heure ? Cinq, dix, quinze minutes ? Peut-être ! Il lui semblait en tout cas que des années s’étaient écoulées depuis qu’il avait quitté Saint James’ Hall, plein d’espoir en sa superbe entreprise ; il pouvait donc, à tout moment, s’attendre à la catastrophe.
En présence de ce nouveau malheur, le désordre délirant de son pouls s’arrêta ; une fatigue accablante y succéda, comme s’il avait vécu pendant des siècles et depuis des siècles reposait dans la tombe. Les maisons et les passants devinrent microscopiques, points brillants à l’horizon lointain ; le grondement de Londres s’éteignit en un doux murmure ; et le fiacre qui faillit le renverser semblait rouler à mille lieues de là. Il assista à une sorte de dédoublement de lui-même ; ces pas sonnant sur le pavé étaient ceux d’un vieillard tout petit, très faible, très malheureux, pour qui il éprouvait une compassion profonde.
Arrivé devant la National Gallery, il se souvint tout à coup d’un certain passage dans Whitcomb Street, à deux pas, où il pourrait peut-être sans être remarqué déposer son fardeau tragique. Il se dirigea donc vers cet endroit, balancé sur le trottoir comme sur une escarpolette. À l’entrée du passage, il vit un homme en gilet de laine à manches qui mâchait gravement un brin de paille. Il passa, et par deux fois parcourut le passage de long en large, attentif au moindre moment favorable ; mais l’homme l’avait remarqué et l’observait avec curiosité.
Rien à espérer ici non plus. Mac Guire s’éloigna, toujours suivi par le regard étonné de l’homme au gilet à manches. Il consulta de nouveau sa montre ; il ne lui restait plus que quatorze minutes. À ce moment, il lui sembla qu’il se plongeait dans une atmosphère chaude et lumineuse ; pendant la durée d’une seconde, le monde lui apparut rouge comme du sang ; puis il rentra en pleine possession de lui-même ; il se sentait joyeux, mais d’une gaieté qui appartenait toute aux objets extérieurs et qui le forçait à fredonner et à siffloter en marchant, tandis que là, sur le cœur, pesait un boulet de plomb de mille livres.
Moi, je n’ai souci de personne,
Personne n’a souci de moi,
chantait-il avec un rire si énigmatique, que les passants s’arrêtaient pour le regarder. Et la chaleur devenait toujours plus intense, la lumière plus éblouissante. Qu’est-ce que la vie ? raisonnait-il ; et qu’est-ce que Mac Guire ? Qu’est-ce même que notre Érin, notre verte Érin ? Tout lui apparaissait si misérablement petit qu’il souriait dédaigneusement en contemplant le monde. Il aurait donné des années, s’il en avait eu de reste, pour un verre d’eau-de-vie ; mais le temps pressait, et il dut se refuser cette dernière douceur.
Au coin de Haymarket, d’un air d’autorité, il héla un cabriolet, y sauta, donna au cocher une adresse sur les quais, et aussitôt que le véhicule se fut mis en marche, il dissimula du mieux qu’il put le sac sous le tablier. Puis de nouveau, il tira sa montre. Pendant cinq interminables minutes, il roula ainsi, malade d’inquiétude à chaque cahot, incapable de maîtriser plus longtemps ses terreurs et pourtant n’osant changer de plan, de crainte d’éveiller les soupçons du cocher, voulant, du reste, laisser s’écouler assez de temps pour qu’il ait oublié le sac.
Enfin, arrivé au quai, près des degrés conduisant à la rivière, il cria d’arrêter et descendit. Ô volupté céleste ! le danger n’existait plus, sa vie était sauve – il mit la main à la poche – et pourtant son exploit de dynamiteur n’en serait pas moins brillant ; car quoi de plus pittoresque et d’un effet plus certain qu’un cabriolet réduit en miettes au milieu des rues de Londres ? Il fouilla dans une poche, puis dans l’autre… il crut alors devenir fou de désespoir ; muet, anéanti, il regarda couler l’eau. Il n’avait pas un sou sur lui !
— Hallo ! dit le cocher, vous me semblez tout drôle !
— Perdu mon porte-monnaie, murmura Mac Guire d’une voix si faible et si bizarre qu’elle l’étonna lui-même.
L’homme regarda par l’ouverture de la capote :
— Dites donc, bourgeois, vous oubliez vot’colis !
Mac Guire, machinalement, le retira, et se voyant derechef à la main ce sac de malheur qui s’accrochait à lui, il sentit ses dernières forces l’abandonner et courba la tête comme une pauvre fleur fanée sur sa tige. Il eut encore un éclair d’énergie, pourtant.
— Il n’est pas à moi, dit-il. C’est sans doute votre dernier voyageur qui l’a laissé. Vous le porterez au bureau !
— Voyons, voyons ! répondit le cocher ; lequel d’nous deux qui s’paye la tête de l’autre ? Comment ?
— Je vais vous dire, mon ami, s’écria Mac Guire, prenez-le pour vous payer.
— J’écoute, répondit le cocher. Et quoi qu’i’y a dans vot’sac ? Ouvrez, qu’on voie !
— Non, non ! vociféra Mac Guire. C’est… c’est une surprise… c’est fait exprès… une surprise pour les cochers honnêtes !
— Qu’vous m’chantez là, vous ? dit l’homme descendant de son perchoir et acculant le malheureux patriote à la voiture. Vous allez me payer ma course, ou bien je vous remets d’dans et nous allons au bureau de police !
Ce fut en ce moment de détresse suprême que Mac Guire aperçut la haute stature d’un certain Godall, marchand de tabac, qui s’avançait vers le quai. Cet homme ne lui était pas inconnu ; il était parfois entré dans sa boutique pour divers achats et savait qu’il était la libéralité incarnée. Telle était l’imminence du péril qu’il s’accrocha en désespéré à cette dernière planche de salut.
— Dieu soit loué ! dit-il. Voici un de mes amis. Je vais lui emprunter la somme nécessaire. Et il se précipita à la rencontre du boutiquier. — Monsieur, dit-il, monsieur Godall, vous me remettez sans doute ? Un malheur m’accable, sans qu’il y ait faute de ma part, ô monsieur ! au nom de l’innocence opprimée, au nom des liens sacrés de l’humanité, au nom de cette rédemption que vous espérez devant le trône de la justice divine… prêtez-moi trente sous !
— Je ne reconnais pas vos traits, répondit M. Godall, mais je me rappelle la coupe particulière de votre barbiche, qui n’a pas l’heur de me plaire. Voici un souverain, monsieur, que je vous avance, à la condition expresse que vous vous ferez raser le menton.
Mac Guire se saisit de la pièce sans un mot de remerciement, la jeta au cocher en lui criant de garder la monnaie, dégringola les escaliers, jeta le sac le plus loin qu’il put dans la rivière et s’y précipita ensuite lui-même tête baissée. Il fut sauvé de la noyade, croit-on par le bras vigoureux de M. Godall. Au moment où on le ramenait ruisselant sur la rive, une explosion sourde et étouffée ébranla la solide maçonnerie du quai, et au milieu du fleuve s’éleva comme un geyser une masse liquide qui retomba aussitôt.