Le Joueur (1866), roman que Dostoïevski rédige dans l'urgence la plus absolue en seulement vingt-six jours pour honorer un contrat éditorial contraignant sous peine de perdre tous les droits sur ses œuvres futures, sous la pression de dettes de jeu personnelles considérables qui donnent au récit une résonance autobiographique directe et douloureuse, raconte l'histoire d'Alexeï Ivanovitch, jeune précepteur employé par une famille russe ruinée séjournant dans une station thermale allemande fictive, dont la passion dévorante et incontrôlable pour le jeu de roulette se mêle inextricablement à son amour tout aussi obsessionnel et destructeur pour Pauline, jeune femme capricieuse et manipulatrice dont les faveurs semblent directement corrélées, dans l'esprit tourmenté du narrateur, à ses succès ou à ses échecs à la table de jeu. Dostoïevski y développe une analyse psychologique d'une acuité clinique exceptionnelle sur les mécanismes de l'addiction au jeu, décrivant avec une précision troublante et manifestement nourrie de sa propre expérience personnelle de joueur compulsif l'ivresse irrationnelle du risque, l'illusion permanente d'une martingale gagnante qui finirait par renverser durablement la fortune, et la spirale de destruction psychologique et matérielle qu'entraîne inexorablement cette dépendance chez ceux qui s'y abandonnent totalement, y compris chez les personnages par ailleurs les plus lucides et les plus intelligents du roman. Ce court roman, rédigé dans des conditions de production éditoriale extrêmes qui n'entament en rien sa qualité littéraire remarquable, offre l'un des témoignages littéraires les plus psychologiquement précis et les plus directement autobiographiques sur l'addiction au jeu jamais écrits dans la littérature mondiale. Par sa description clinique et personnelle de l'addiction au jeu, ce roman reste l'une des œuvres les plus singulières de Fiodor Dostoïevski. Ce roman naît de la même urgence financière que Crime et Châtiment, rédigé en parallèle la même année 1866, contrainte de production qui n'empêche nullement Dostoïevski d'y déployer une acuité psychologique comparable à celle de ses plus grandes œuvres.