Scène VI.
Germeuil, où allez-vous ?
Traître, où est-elle ? Rends-la-moi, et te prépare à défendre ta vie.
Mon fils !
Mon frère… Arrêtez… Je me meurs… (Elle tombe dans un fauteuil.)
Y prend-elle intérêt ? Qu’en dites-vous ?
Germeuil, retirez-vous.
Monsieur, permettez que je reste.
Que t’a fait Sophie ? Que t’ai-je fait pour me trahir ?
Vous avez commis une action odieuse.
Si ma sœur t’est chère ; si tu la voulais, ne valait-il pas mieux ?… Je te l’avais proposé… Mais c’est par une trahison qu’il te convenait de l’obtenir… Homme vil, tu t’es trompé… Tu ne connais ni Cécile, ni mon père, ni ce Commandeur qui t’a dégradé, et qui jouit maintenant de ta confusion… Tu ne réponds rien… Tu te tais.
Je vous écoute, et je vois qu’on ôte ici l’estime en un moment à celui qui a passé toute sa vie à la mériter. J’attendais autre chose.
N’ajoutez pas la fausseté à la perfidie. Retirez-vous.
Je ne suis ni faux ni perfide.
Quelle insolente intrépidité !
Mon ami, il n’est plus temps de dissimuler. J’ai tout avoué.
Monsieur, je vous entends, et je vous reconnais.
Que veux-tu dire ? Je t’ai promis ma fortune et ma nièce. C’est notre traité, et il tient.
Du moins, grâce à votre méchanceté, je suis le seul époux qui lui reste.
Je n’estime pas assez la fortune, pour en vouloir au prix de l’honneur ; et votre nièce ne doit pas être la récompense d’une perfidie… Voilà votre lettre de cachet.
Ma lettre de cachet ! Voyons, voyons.
Elle serait en d’autres mains, si j’en avais fait usage.
Qu’ai-je entendu ? Sophie est libre !
Saint-Albin, apprenez à vous méfier des apparences, et à rendre justice à un homme d’honneur. Monsieur le Commandeur, je vous salue. (Il sort.)
J’ai jugé trop vite. Je l’ai offensé.
Ce l’est… Il m’a joué.
Vous méritez cette humiliation.
Fort bien, encouragez-les à me manquer ; ils n’y sont pas assez disposés.
En quelque endroit qu’elle soit, sa bonne doit être revenue… J’irai. Je verrai sa bonne ; je m’accuserai ; j’embrasserai ses genoux ; je pleurerai ; je la toucherai ; et je percerai ce mystère. (Il va pour sortir.)
Mon frère !
Laissez-moi. Vous avez des intérêts qui ne sont pas les miens[7].