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CHAPITRE IX

LE DÎNER

On s’attabla devant un dîner insulaire, remarquable pour sa variété et sa perfection : un potage et un rôti de tortue, des poissons, de la volaille, un cochon de lait, une salade de noix de coco, et des bourgeons de coco grillés comme dessert. On n’avait pas entamé une seule boîte de conserves ; et à part l’huile et le vinaigre de la salade et quelques tiges d’oignons vertes cultivées et cueillies de la main d’Attwater, les condiments eux-mêmes n’étaient pas européens. Au sherry succédèrent le vin du Rhin et le bordeaux, et au dessert le champagne du Farallone vint clore la série.

Évidemment, à l’instar de beaucoup de gens tout à fait religieux d’avant l’ère abstentionniste, Attwater avait quelque chose de l’épicurien. Pour de semblables caractères, c’est un apaisement que de bien manger ; et à plus forte raison d’avoir composé et préparé un excellent repas destiné à d’autres ; les manières de leur hôte furent de ce fait agréablement lénifiées. Un chat de forte taille s’était juché sur son épaule, ronronnant, et à l’occasion, d’un agile coup de patte, agrippait en l’air un morceau. Et c’est à un chat qu’on eût pu le comparer lui-même, tandis qu’il se prélassait au haut bout de la table, distribuant attentions et allusions, et faisant patte de velours ou sortant les griffes indifféremment. Et Huish tout comme le capitaine tombèrent peu à peu sous le charme de sa libérale hospitalité.

Quant au troisième hôte, les incidents du dîner glissaient pour ainsi dire sur lui sans qu’il s’en aperçût. Herrick acceptait tout ce qu’on lui offrait, mangeait et buvait sans percevoir les goûts, et entendait sans comprendre. Son esprit était uniquement occupé à méditer l’horreur des circonstances où il se trouvait. Que savait Attwater, que projetait le capitaine, de quel côté la trahison partirait-elle d’abord – tel était le fond de ses pensées. À de certains moments, l’envie lui prenait de renverser la table et de s’enfuir dans la nuit. Et cela même lui était interdit : le moindre geste, la moindre parole, le moindre mouvement, n’eussent fait que précipiter la terrible tragédie ; et il restait comme frappé de maléfice, à manger, les lèvres exsangues. Deux de ses compagnons l’observaient attentivement. Attwater avec de longs coups d’œil obliques, et sans s’interrompre de parler, le capitaine avec des regards appuyés et anxieux.

— Ma foi, je dois dire que ce sherry est vraiment de première qualité, dit Huish. À combien vous revient-il, si la question n’est pas indiscrète ?

— À cent douze shillings, pris à Londres, plus le transport jusqu’à Valparaiso, et de là ici, dit Attwater. Ce liquide fait l’effet de n’être vraiment pas trop mauvais.

— Cent douze shillings ! murmura le commis, associant le vin et la somme dans une même admiration : Ah mince !

— Trop heureux qu’il vous plaise, dit Attwater. Servez-vous, monsieur Wish, et gardez la bouteille auprès de vous.

— Mon ami s’appelle Huish et non pas Wish, monsieur, dit le capitaine en rougissant.

— Je vous demande pardon, en vérité, Huish ! et non pas Wish, bien entendu, fit Attwater. J’allais dire qu’il m’en reste encore huit douzaines, ajouta-t-il, en fixant les yeux sur le capitaine.

— Huit douzaines de quoi ? fit Davis.

— Des bouteilles de sherry. Huit douzaines, d’excellent sherry. Hein, cela seul vaut presque le coup, pour quelqu’un qui aime le vin.

Ces mots ambigus allèrent droit à ces consciences coupables, et Huish et le capitaine se redressèrent sur leurs sièges et le regardèrent avec stupeur.

— Quel coup ? dit Davis.

— Les cent douze shillings, répondit Attwater.

Le capitaine respira fortement. Il s’efforçait de découvrir un sens à ces remarques ; puis d’un grand effort, il changea de sujet :

— Nous devons être les premiers Blancs qui soient jamais venus sur cette île, monsieur ?

Attwater le suivit aussitôt et avec une parfaite gravité, sur ce nouveau terrain.

— À part moi et le Dr Symonds, les seuls que je sache, répliqua-t-il. Et pourtant, qui sait ? Dans le cours des âges, quelqu’un peut-être a vécu ici, et nous croyons parfois que la chose a eu lieu. Les cocotiers poussent tout autour de l’île, ce qui ne ressemble guère à la propagation naturelle. Nous trouvâmes d’ailleurs sur la plage, en abordant, un cairn indéniable : usage inconnu ; mais probablement érigé dans l’espoir d’être agréable à quelque manitou dont le nom même est oublié, par quelques messieurs d’épaisse cervelle dont les os mêmes sont perdus. En outre, l’île (témoin l’Annuaire) a été signalée deux fois ; et depuis que je l’habite, nous avons eu deux naufrages, l’un et l’autre des navires abandonnés. Le reste est supposition.

— Le Dr Symonds est votre associé, j’imagine ? interrogea Huish.

— Un excellent garçon, le Dr Symonds ! Comme il regrettera de savoir que vous étiez ici ! dit Attwater.

— Il est sur le Trinity Hall, s’pas ? interrogea Huish.

— Et si vous pouviez me dire où est le Trinity Hall, vous me feriez plaisir, monsieur Wish !

— L’équipage est sans doute indigène ? dit Davis.

— Puisque le secret a été gardé dix ans, c’est à supposer, répliqua Attwater.

— Eh bien, tenez ! dit Huish. Vous avez autour de vous tout ce qu’il faut jusqu’à plus soif, il n’y a pas d’erreur, mais je vous assure que ça ne m’irait pas. C’est trop « vieux pont rustique auprès du moulin », trop retiré, de moitié. Je demande le son des cloches, à Londres !

— N’allez pas croire que ce fut toujours ainsi, repartit Attwater. Le rivage était plein d’activité, jadis, quoique à cette heure, écoutez ! vous pouvez entendre la solitude. Je trouve cela suggestif. Et à propos du son des cloches, veuillez suivre en silence ma petite expérience.

Il avait à portée de la main un timbre d’argent pour appeler les serviteurs ; il fit signe à ses hôtes de ne pas faire de bruit, frappa le timbre avec force, et pencha vivement la tête en avant. La note s’éleva claire et sonore ; elle retentit au loin dans la nuit et sur l’île déserte ; elle se perdit dans le lointain, ne laissant aux oreilles qu’une vibration qui n’était plus un son.

— Des demeures vides, une mer vide, des rivages solitaires ! dit Attwater. Et néanmoins Dieu entend ce timbre ! Et néanmoins nous sommes dans cette véranda sur une scène éclairée qui a les cieux pour spectateurs ! Et vous appelez cela solitude !

Suivit un intervalle de silence, durant lequel le capitaine semblait hypnotisé.

Alors Attwater se mit à rire doucement.

— Voilà les distractions d’un solitaire, reprit-il, et peut-être ne sont-elles pas du meilleur goût. On se rabâche ces petits contes de fées pour se tenir compagnie. Si tout de même il y avait quelque chose dans les légendes, monsieur Hay ? Mais voici le bordeaux. On ne vous offre pas du laffitte, capitaine, parce que je crois que toute la récolte en est vendue aux wagons-restaurants de votre grand pays ; mais ce brâne-mouton est d’une bonne année, et M. Wish m’en dira des nouvelles.

— Vous avez là une idée bien singulière ! s’écria le capitaine, se délivrant avec un soupir du sortilège qui le tenait garrotté. Vous n’allez pas venir me raconter que vous passez ici vos soirées à sonner… oui, à sonner aux anges… à vous tout seul ?

— Comme fait historique, et pour répondre directement à votre question, non, dit Attwater. À quoi bon sonner un timbre, alors que s’échappe de nous-mêmes et de ce qui nous entoure un silence beaucoup plus merveilleux ? Le moindre battement de mon cœur, la moindre pensée de mon esprit, se répercute dans l’éternité, à tout jamais, sans fin.

— Oh, dites donc, fit Huish, baissez les lampes tout de suite, et en avant la fanfare de l’Armée du Salut ! Nous ne sommes pas à une séance spirite !

— Pas de légendes pour M. Wish – je vous demande pardon, capitaine : Huish et non pas Wish, bien entendu – dit Attwater.

En remplissant le verre de Huish, le serviteur laissa échapper la bouteille qui se brisa, et le vin se répandit sur le parquet de la véranda. Aussitôt une sévérité redoutable durcit les traits d’Attwater ; il frappa le timbre impérieusement, et les deux bruns indigènes s’immobilisèrent, muets et tremblants, dans l’attitude du respect. Il y eut un instant de silence et d’âpres regards, suivis de quelques phrases brutales en indigène ; et, sur un geste, le service continua comme devant.

Aucun des invités n’avait jusqu’alors fait de remarques sur l’excellente tenue des deux hommes. D’assez petite taille, et bien proportionnés, ils marchaient à pas muets, servaient adroitement, apportaient les vins et les plats sur un simple regard de leur maître, qu’ils ne quittaient pas des yeux.

— De quel endroit tirez-vous vos travailleurs ? demanda Davis.

— Ah, d’où ne les tiré-je pas ? répondit Attwater.

— Ça n’a pas dû être un turbin commode, il me semble ? reprit le capitaine.

— Dites-moi donc où il y a des travailleurs ! dit Attwater en haussant les épaules. Et, du reste, dans notre cas, ne pouvant préciser la destination, il nous a fallu chercher de tous côtés et nous ingénier au possible. Nous avons été au fin fond de l’Ouest, jusqu’à Kingsmills, et dans l’extrême Sud jusqu’à Rapa-iti. Dommage que Symonds ne soit pas ici. Il vous en aurait conté. Il a eu la tâche de les rassembler. Puis a commencé la mienne, qui fut de les éduquer.

— Vous voulez dire de les dresser ? dit Davis.

— Oui ! de les dresser, reprit Attwater.

— Attendez un peu, dit Davis. Je n’y suis plus. Voulez-vous dire que vous en êtes venu à bout tout seul ?

— On en est venu à bout tout seul, dit Attwater, parce qu’On n’avait personne qui l’aidât.

— Par Dieu ! mais il faut que vous soyez une sainte terreur ! s’écria le capitaine, dans un élan d’admiration.

— On fait de son mieux, dit Attwater.

— Eh bien vrai ! fit Davis, j’ai vu pas mal de dressage dans mon temps, et j’ai passé moi-même pour un bon dresseur ; j’en suis venu à bout, comme second officier, de l’aventure de faire doubler le cap Horn à une flopée de rats de navire capables de chasser le diable de l’enfer et de claquer la porte sur lui ; et je vous assure que ce truc de M. Attwater remporte le pompon. Sur un bateau, ce n’est rien en comparaison. Vous avez la loi pour vous, c’est ce qui agit. Mais qu’on me dépose sur cette sacrée plage, sans rien d’autre qu’un fouet et plein la bouche de gros mots, et qu’on me demande de… non, monsieur, ça ne suffit pas ! cria Davis. C’est d’avoir la loi derrière soi, ajouta-t-il, c’est la loi qui agit, tout le temps.

— Le diable n’est pas toujours aussi noir qu’il en a l’air, lança Huish, avec humour.

— Eh bien, On a fait la loi à sa façon, dit Attwater. On a dû être beaucoup de choses. C’était assez fastidieux parfois.

— Je le croirais volontiers, fit Davis.

— Au fond, notre but était le même, dit Attwater. Quoi qu’il en soit, d’une manière ou de l’autre, On a fini par leur enfoncer dans la tête qu’ils devaient travailler… et ils ont travaillé… jusqu’au jour où le Seigneur les a repris.

— J’espère que vous les faisiez valser ! dit Huish.

— Lorsque c’était nécessaire, monsieur Wish, je les faisais valser.

— Pariez que vous l’avez fait ! s’écria le capitaine. – Il était passablement congestionné, mais moins à cause du vin que par l’admiration ; et ses yeux appréciaient avec envie les athlétiques proportions de leur hôte. – Pariez que vous l’avez fait, et pariez que je m’imagine comment vous faisiez. Par Dieu, vous êtes un homme, et vous pouvez dire que je vous l’ai dit.

— Vous êtes trop bon, en vérité, dit Attwater.

— Y a-t-il… y a-t-il jamais eu des crimes, ici ? demanda Herrick, rompant le silence d’une voix pénétrante.

— Oui, fit Attwater, c’est arrivé.

— Et comment avez-vous manœuvré, monsieur ? lança vivement le capitaine.

— Eh bien, voyez-vous, ce fut un cas bizarre, répliqua Attwater. Ce fut un cas à dérouter Salomon. Vous le raconterai-je ? oui ?

Le capitaine accepta avec transport.

— Eh bien, commença Attwater, d’un ton nonchalant, voici. Comme vous le savez sans doute, on distingue deux types d’indigènes, qu’on peut appeler l’obséquieux et le maussade. Or, ces types, On les possédait eux-mêmes, irrécusables ; et On les possédait à la fois. L’obséquiosité coulait du premier comme le vin d’une bouteille, la maussaderie s’accumulait dans le second. Obséquieux était tout sourires ; il s’élançait pour obtenir un regard, aimait à bavarder, et possédait environ une douzaine de mots d’anglais d’occasion, et un léger placage de christianisme. Maussade était industrieux : une grosse abeille aux yeux baissés.

» Quand on lui parlait, il répondait avec un regard sombre et un haussement d’épaules, mais il s’exécutait. Je ne vous le donne pas comme un modèle de bonne tenue ; chez Maussade l’extérieur laissait à désirer ; mais il était fort et ferme, et désagréablement obéissant. Or, il survint des ennuis à Maussade : peu importe de quelle manière, les règlements locaux furent enfreints, il fut puni en conséquence – sans résultat. Même chose le lendemain, et le surlendemain, et le jour d’après, tant que je commençai à en être excédé, je le crains, Maussade aussi de son côté. Vint un jour où il se trouva de nouveau en faute, pour la… oh ! mettons la trentième fois ; et il me lança un morne regard, et voulut parler. Or les règlements locaux sont formels sur ce point : nous n’admettons pas d’explications ; aucune n’est admise, aucune ne peut être présentée.

» On coupa donc court aussitôt, mais On n’oublia pas le détail. Le lendemain, il avait quitté la colonie. Rien ne pouvait être plus désagréable : si les travailleurs se mettaient à décamper, c’en était fait de la pêcherie. Cette île, voyez-vous, a soixante milles, tout en longueur, comme une grand-route royale ; toute idée de poursuite en un pareil lieu eût été le fait d’un aveuglément puéril ; et On n’y songea point. Deux jours plus tard je fis une découverte ; j’entrevis dans un éclair que Maussade avait été puni injustement depuis le début, et que le vrai coupable, d’un bout à l’autre, avait été Obséquieux. L’indigène qui parle, comme la femme qui hésite, est perdu. Vous le faites parler et mentir ; et il parle, et ment, et cherche à lire sur votre visage si vous êtes content de lui ; jusqu’à ce qu’enfin jaillisse la vérité. Elle jaillit d’Obséquieux à la façon ordinaire. Je ne lui dis rien ; je le renvoyai, et malgré l’heure tardive, car il faisait déjà nuit, me mis à la recherche de Maussade. Je n’eus pas loin à aller : à quelque deux cents yards dans le nord de l’île, la lune me le montra.

» Il s’était pendu à un cocotier – je ne suis pas assez botaniste pour vous en dire la raison – mais c’est ainsi que neuf fois sur dix les indigènes se suicident. Sa langue pendait, pauvre diable ! et les oiseaux l’avaient entamé ; je vous épargne les détails de ce vilain spectacle ! J’accordai à l’affaire six heures de réflexion dans cette véranda. On s’était moqué de ma justice, je ne crois pas avoir jamais été plus fâché. Le lendemain, je fis sonner la conque et rassembler tout le monde avant le lever du soleil.

» On prit son fusil et On ouvrit la marche avec Obséquieux. Il était très causeur ; l’animal se figurait que tout allait bien puisqu’il avait avoué ; selon la vieille expression des écoliers, il « faisait de la lèche » manifestement ; plein de protestations de bonne volonté et de bonne conduite ; à quoi On répondit On ne sait plus quoi. Puis on arriva en vue de l’arbre et du pendu. Tous éclatèrent en lamentations sur leur camarade, suivant le mode insulaire, et le chagrin d’Obséquieux était le plus bruyant. Obséquieux était parfaitement sincère : une créature nuisible, sans la moindre conscience de sa faute. Alors donc – pour abréger l’histoire – On lui dit de grimper à l’arbre.

» Il resta un peu interdit, regarda On, non sans inquiétude et avec un sourire jaune ; mais il grimpa. Il fut obéissant jusqu’au bout ; il avait toutes les jolies qualités, mais la vérité n’était pas en lui. Arrivé en haut, il abaissa les yeux, vit la carabine qui le couchait en joue, et poussa un gémissement à la façon d’un chien. On eût pu entendre tomber une épingle. D’une part, il y avait tous les indigènes tapis sur le sol, les yeux hors de la tête, de l’autre, il y avait celui de l’arbre, couleur de plomb, et entre deux, en l’air, le mort se balançait légèrement. Obséquieux fut obéissant jusqu’au bout, confessa son crime, recommanda son âme à Dieu. Et alors… »

Attwater s’arrêta, et Herrick qui l’avait écouté avec attention, eut un geste convulsif qui renversa son verre.

— Et alors ? dit le capitaine qui ne respirait plus.

— Feu, dit Attwater. Ils arrivèrent à terre en même temps.

Herrick sauta sur ses pieds avec un cri et un geste fous.

— C’était un assassinat, s’exclama-t-il. Un assassinat prémédité par un homme sanguinaire. Vous êtes un monstre ! Assassin et hypocrite… assassin et hypocrite… assassin et hypocrite ! répétait-il, et sa langue s’achoppait entre les mots.

En un instant le capitaine fut près de lui.

— Herrick ! s’écria-t-il, contenez-vous ! Allons, ne faites pas le sacré imbécile !

Herrick se débattait sous son étreinte comme un enfant en délire, et soudain cachant son visage entre ses mains, il éclata en sanglots, qui tantôt le convulsaient muettement, et tantôt s’échappaient en des sons indescriptibles et dépourvus de signification.

— Votre ami paraît surexcité, lança Attwater, toujours assis, mais évidemment sur le qui-vive.

— Ce doit être le vin, répliqua le capitaine. Il n’a pas l’habitude de boire, voyez-vous… Je… je crois qu’il vaut mieux que je l’emmène. Un petit tour le calmera, peut-être.

Il l’entraîna sans résistance hors de la véranda et dans la nuit, où ils disparurent bientôt ; mais durant quelques minutes on continua d’entendre la voix apaisante de Davis et par intervalles, les réponses de Herrick, entrecoupées de sanglots spasmodiques.

— En v’là une sacrée poule mouillée, remarqua Huish, en se servant de vin (dont il répandit une bonne moitié) avec une désinvolture de gentleman. Il faut savoir se tenir à table, ajouta-t-il.

— C’est d’assez mauvais goût, en effet, dit Attwater. Mais nous restons en tête à tête. À votre santé, monsieur Wish !