USAGES DU THÉ.
Il y a trois manières de prendre le thé : la plus universelle est l’infusion. Les Chinois, qui ont donné cette méthode aux Européens, versent de l’eau bouillante sur quelques feuilles de thé, et lorsque cette eau est épuisée, ils en ajoutent tant que la plante conserve assez de substance soluble pour la colorer. En Hollande, en Angleterre, en France, on n’a pas d’autre manière de le servir.
Les Japonais, sur-tout les grands de l’État, font moudre le thé verd entre deux petites meules de porphire verd, le réduisent en poudre très-fine, et délayent une cuillerée de cette poudre dans une tasse d’eau bouillante. Les gens du peuple renferment une certaine quantité de thé en feuilles dans un sachet de toile, le mettent dans une chaudière et le font bouillir à grande eau ; dans la journée toutes les personnes de la famille viennent puiser dans la chaudière avec une grande cuillère, et boivent autant de thé qu’elles en veulent.
Le thé pris de ces trois manières doit avoir des effets différens, et l’analyse chimique peut jusqu’à un certain point rendre raison de ces effets. Plusieurs traités de matière médicale mettent le thé au nombre des substances utiles en médecine. Nous serons tout-à-l’heure à même d’apprécier ses propriétés comme médicament ; nous observerons seulement ici qu’on préparait autrefois[7] avec le thé une boisson fébrifuge très-agréable.
Quoique le thé soit cher à Paris, on l’emploie cependant dans quelques arts. On s’en sert pour nettoyer les dentelles noires que le tems a fait passer au rouge. On peut également s’en servir pour donner de l’intensité à la couleur de toutes les étoffes noires altérées par l’action de l’air. Kœmpfer nous apprend que les Chinois vendent aux facteurs et commerçans de l’Asie le thé trop vieux pour l’usage alimentaire, et que ceux-ci le vendent aux teinturiers de Surate, qui l’emploient pour colorer les soies en couleur jaune ou brune.
Les Italiens font avec le thé et le musc une liqueur excellente qu’ils appellent aqua turca. On la prépare en faisant distiller deux pintes d’alcohol (esprit de vin) réduit à 21 degrés sur quatre onces de thé, et un demi grain de musc. On ajoute 8 onces de sucre pour chaque pinte de liqueur distillée.