« Les Misérables, Tome II : Cosette » (1862) s'ouvre sur un long détour par le champ de bataille de Waterloo avant de renouer avec Jean Valjean, évadé du bagne de Toulon sous une fausse identité. Traqué par l'inspecteur Javert qui a retrouvé sa trace, il tient la promesse faite à Fantine mourante et vient arracher la petite Cosette à la misère et aux mauvais traitements des Thénardier, aubergistes de Montfermeil qui l'exploitaient comme domestique. Le fugitif et l'enfant fuient ensemble vers Paris, où ils trouvent un refuge inespéré derrière les murs du couvent du Petit-Picpus, coupés du monde. Ce tome bascule ainsi du grand roman historique vers l'histoire intime d'une paternité choisie, tout en creusant déjà les thèmes de la justice implacable, de la rédemption et de la charité qui traversent l'ensemble de l'œuvre. Hugo y déploie aussi son art de la digression : le chapitre sur Waterloo, célèbre pour son ampleur et son point de vue quasi providentiel sur la défaite de Napoléon, a longtemps été lu comme un roman dans le roman, détachable du reste. Cosette elle-même, encore enfant muette et apeurée dans ce tome, deviendra plus tard l'enjeu amoureux de Marius Pontmercy dans les tomes suivants ; ce second volume pose les bases affectives et morales de tout ce qui va suivre, en même temps qu'il installe durablement la figure de Javert comme incarnation d'une loi sans pitié qui refuse toute idée de pardon. Le personnage de Fantine, déjà mort à la fin du premier tome, continue ainsi de peser sur tout ce second volume à travers la promesse que Valjean lui a faite sur son lit d'agonie : sauver Cosette des mains des Thénardier coûte que coûte, serment qui donne tout son sens moral à la traque nocturne et aux ruses successives que déploie l'ancien forçat pour échapper à Javert dans les rues et les couvents de Paris. Ce tome installe également, à travers le couvent du Petit-Picpus où Valjean se fait passer pour un jardinier grâce à l'aide inattendue de Fauchelevent, l'homme qu'il avait lui-même sauvé des années plus tôt, une méditation hugolienne sur le sacrifice, l'enfermement volontaire et la possibilité d'un salut trouvé loin du monde.