Les Misérables, Tome III : Marius (1862) délaisse un temps Jean Valjean pour suivre le jeune Marius Pontmercy, petit-fils du riche et royaliste M. Gillenormand qui l'a élevé, et qui découvre à sa majorité que son père, Georges Pontmercy, officier de l'Empire qu'il croyait indigne sur la foi des préjugés familiaux, l'a en réalité toujours aimé en secret et s'est illustré héroïquement à Waterloo, révélation qui pousse Marius à rompre avec son grand-père par fidélité à cette mémoire paternelle retrouvée et à sombrer volontairement dans une pauvreté digne, aux côtés des Amis de l'ABC, groupe d'étudiants républicains idéalistes mené par le charismatique Enjolras. Hugo y fait converger, dans la masure Gorbeau où loge misérablement Marius, deux fils narratifs jusque-là distincts : le jeune homme, tombé amoureux au Luxembourg d'une inconnue qui n'est autre que Cosette, assiste depuis sa mansarde, témoin invisible et impuissant, au guet-apens que Thénardier, dissimulé sous le nom de Jondrette, tend à « M. Leblanc », qui n'est autre que Jean Valjean venu en aide à cette famille misérable sans savoir à qui il a affaire. Marius, reconnaissant dans ce Jondrette le nom de Thénardier, cet aubergiste de Montfermeil que son père mourant lui avait justement désigné comme le sauveur auquel il devait une reconnaissance éternelle pour l'avoir tiré du champ de bataille de Waterloo, hésite douloureusement à dénoncer le guet-apens auquel il assiste, avant que la police, alertée par Javert, ne fasse irruption pour arrêter la bande de malfaiteurs et que Valjean lui-même ne s'échappe de justesse par la fenêtre. Ce tome, qui installe la figure attachante du gamin de Paris à travers Gavroche et approfondit la satire du bourgeois réactionnaire à travers Gillenormand, prépare directement la rencontre entre Marius et Cosette qui structurera tout le tome suivant, tout en tissant un premier lien souterrain entre Valjean et Thénardier dont Marius ignore encore la portée exacte. Par sa peinture de l'éveil politique et amoureux de Marius et le nœud dramatique qu'il noue entre Valjean et Thénardier, ce troisième tome prépare le basculement du roman vers son dénouement révolutionnaire.