Les Provinciales (1656-1657) sont une série de dix-huit lettres polémiques que Pascal publie sous un pseudonyme pour défendre son ami janséniste Antoine Arnauld, condamné par la Sorbonne pour ses positions théologiques rigoristes sur la grâce divine, en s'attaquant avec une ironie mordante et un art consommé de la démonstration rhétorique à la casuistique des théologiens jésuites, accusés par Pascal de développer des raisonnements moraux complaisants et des accommodements douteux permettant, selon lui, de justifier presque n'importe quelle conduite moralement condamnable pourvu qu'on la présente sous un habillage théologique suffisamment sophistiqué. Pascal y déploie un art polémique et satirique d'une redoutable efficacité, feignant naïvement de s'informer, à travers un narrateur fictif écrivant à un ami de province, des subtilités théologiques réelles de la controverse janséniste, pour mieux dévoiler par contraste, avec une ironie mordante et un sens aigu de la formule, ce qu'il perçoit comme les compromissions morales et les artifices rhétoriques douteux de certains théologiens jésuites de son temps particulièrement laxistes en matière de morale pratique. Ce texte, qui rencontre un succès de scandale considérable et contribue puissamment à populariser la controverse janséniste bien au-delà des cercles théologiques savants habituels, établit également, par la clarté et l'élégance de sa prose polémique, un modèle durable de la prose d'idées française destinée à convaincre un large public cultivé plutôt que les seuls spécialistes théologiens. Par la virtuosité de son ironie polémique et son influence considérable sur la prose d'idées française ultérieure, ce texte demeure l'un des modèles fondateurs du pamphlet philosophique et religieux dans la littérature française. Publiées sous le pseudonyme de Louis de Montalte pour échapper à la censure royale, ces lettres seront finalement condamnées et brûlées publiquement par la main du bourreau sur ordre du Conseil du roi en 1660, sans que cette condamnation n'entame durablement leur influence littéraire et polémique.