Aller au contenu principal
Classiquesen Ligne

PRÉFACE.

COmme il s’agit dans l’Architecture militaire & civile, de tirer des lignes de différentes grosseurs, qui soient bien égales dans toutes leurs. parties, d’en tirer aussi qui soient bien paralleles, quelquefois fort longues & fort proches les unes des autres ; comme aussi de laver entre ces paralleles, sans en sortir de la moindre chose, & de faire proprement les ombres coupées & adoucies, & que toutes ces choses ne sont pas aisées à exécuter lorsqu’on n’a pas les dispositions nécessaires pour cela, qui consistent principalement à avoir une excellente main & un grand exercice ; nous donnerons dans ce Traité, des moyens & des maximes pour y parvenir mieux qu’un autre qui n’auroit ni une bonne main, ni l’exercice requis.

Il n’en est pas de même de la théorie de ces sortes de pratiques, chacun pouvant l’acquerir, puisqu’elle ne dépend que de certaines regles, dont les unes font naturelles, & les autres de convenance sans lesquelles il est impossible de pouvoir dessiner de bon goût & de se faire entendre.

Ces régles & ces maximes, que nous prétendons enseigner dans ce Traité avec tout ce qui aura quelque rapport à ces sortes de desseins, sont donc absolument nécessaires ; car j’ai remarqué que de tous les écoliers de feu M. de la Bossiere le fils, qui n’enseignoit que la pratique du dessein, ceux qui n’avoient pas de théorie ne se trouvoient pas en état, après avoir appris un an entier sous lui, de faire l’original d’un dessein, ne sçachant pas quand il falloit une grosse ligne ou une déliée, une teinte forte ou une foible, une ombre coupée ou une adoucie ; ainsi ils ne sçavoient que copier des desseins, & si ces desseins étoient mal entendus, ils les faisoient de même ; à quoi nous prétendons remédier par des régles & des maximes que nous donnerons dans ce Traité, dont les unes seront fondées sur les effets naturels, & les autres sur des principes de convenance ; & si l’on n’est pas né avec une excellente main pour le dessein, on sçaura du moins dessiner de goût à pouvoir être entendu des connoisseurs, & connoître les desseins qui seront dans les régles.

A l’égard de l’accompagnement du plan en entier, je veux dire du paysage qui l’environne, il y a peu de personnes qui en fassent les terres labourées, les montagnes & les collines de bon goût, ces choses n’étant pas si aisées qu’elles le paroissent ; car il y a bien de la différence du paysage en plan, à celui qui est en perspective. Dans celui-ci, pour peu que l’on profile les objets tels qu’on les voit d’après nature, ils font toujours leur effet, Il n’en est pas de même du paysage en plan ; si les montagnes & les collines, qui doivent y être représentées à vûe d’oiseau, c’est-à-dire d’une maniere écrasée, à cause que l’on a besoin de connoître l’étendue de leur base, ne sont pas traitées de bon goût, elles ne font point leur effet, ou n’en font qu’un désagréable à la vûe : de même si les terres labourées ne sont pas sillonnées & arrangées dans un certain goût, qui ne soit pas affecté ni trop confus, elles ne font aussi qu’un effet fort desagréable.

Pour ce qui est donc du goût de l’accompagnement du plan en entier, nous enseignerons celui de M. Laury, premier Dessinateur du Bureau général des fortifications, ainsi que celui de feu M. de la Bïssière le fils, desquels nous avons appris ces sortes de desseins. Nous dirons en passant du premier, qu’il dessine aussi dans la derniere propreté l’Architecture civile, dont il entend très-bien les cinq Ordres, en ayant sucé dès sa tendre jeunesse les principes sous un des plus habiles Maîtres de l’art.

Je n’avois d’abord fait qu’un petit recueil de quelques observations pour mon instruction particuliere, & pour décharger ma mémoire des choses & des idées qui me venoient chaque jour, dans le tems que j’étois encore très-novice dans le Génie, ausquelles voulant donner quelque ordre pour mon utilité, je me trouvai insensiblement engagé de faire ce Traité complet, que j’ai hazardé de mettre au jour à la sollicitation de quelques-uns de mes amis, ausquels j’avois eu la foiblesse d’en montrer le manuscrit, parce qu’ils m’y avoient trouvé la plume à la main.

J’ai donc divisé cet Ouvrage en trois parties, dont chacune est subdivisée en plusieurs sections qui indiquent les principales matieres qui y sont contenues. Dans la premiere partie je traite des couleurs, des instrumens & des autres choses nécessaires pour le Dessein & pour le Lavis.

La seconde contient quelques définitions, avec plusieurs observations ou régles de convenance, & des maximes pour la pratique du Dessein & du Lavis, des plans particuliers des ouvrages & des bâtimens civils, ainsi que de leurs coupes, profils, élévations & façades.

Et la troisiéme renferme le détail de toutes les parties du plan en entier d’une place & de la carte particuliere de ses environs ; comme aussi de celle d’une élection, d’une province & d’un royaume.

Cette nouvelle édition est augmentée d’une table des matieres, très-ample & rangée par ordre alphabetique, dans laquelle on a tâché de rapprocher & remettre sous un même coup d’œil les choses qui ont du rapport entr’elles & qui se trouvent dispersées en différens endroits de cet Ouvrage.

On a aussi refondu dans cette édition les corrections & additions, ainsi que le supplément que l’Auteur avoit ajouté à la derniere quelque tems après sa publication, & l’on a placé chacune de ces additions à l’endroit où elle appartenoit ; ainsi l’on a tout lieu d’espérer que le Public recevra cette nouvelle édition avec la même satisfaction & le même empressement qu’il a reçu les précédentes