Les Troyennes (415 av. J.-C.), tragédie du poète grec Euripide composée dans le contexte précis de la guerre du Péloponnèse au moment même où Athènes vient de commettre un massacre particulièrement brutal contre la population de l'île de Mélos, dépeint le sort tragique des femmes troyennes survivantes, Hécube, veuve du roi Priam, Andromaque, veuve d'Hector, et Cassandre, leur fille et sœur respective vouée à la prophétie sans jamais être crue, réduites en esclavage et réparties comme butin de guerre entre les vainqueurs grecs au lendemain de la chute de Troie, tandis que le jeune Astyanax, fils d'Hector et dernier espoir de la lignée troyenne, est froidement précipité du haut des remparts de la ville par les Grecs qui craignent qu'il ne devienne un jour un vengeur. Euripide y développe une dénonciation d'une lucidité et d'une audace politique remarquables, rare pour son époque, de la brutalité et de l'absurdité de la guerre à travers le seul point de vue des victimes vaincues, renversant délibérément la perspective héroïque traditionnelle de l'épopée homérique pour donner voix exclusivement aux femmes brisées et humiliées par la violence militaire grecque elle-même, dans une œuvre qui apparaît rétrospectivement comme l'une des dénonciations antimilitaristes les plus radicales de toute l'Antiquité, composée alors même qu'Athènes se préparait à lancer sa propre expédition militaire désastreuse contre la Sicile. Cette tragédie d'une noirceur et d'une lucidité politique exceptionnelles pour son époque, qui refuse toute consolation héroïque ou religieuse au malheur des vaincues, reste l'une des œuvres antiques les plus étudiées pour sa dénonciation précoce et radicale de la barbarie de la guerre du point de vue de ses victimes civiles. Par sa dénonciation radicale de la barbarie de la guerre du seul point de vue des victimes vaincues, Les Troyennes demeure l'une des tragédies antiques les plus politiquement lucides jamais composées.