Pendant qu'une invasion tartare coupe la Sibérie du reste de la Russie, le courrier du tsar Michel Strogoff doit traverser des milliers de kilomètres de territoire hostile pour porter un message vital au frère du tsar, menacé à Irkoutsk. En chemin, il croise Nadia, jeune femme en quête de son père, et deux journalistes rivaux qui suivent le conflit — et manque de perdre la vue, condamné au fer rougi par ses ennemis, dans l'un des retournements les plus célèbres de Jules Verne. Cette adaptation théâtrale, commandée à l'origine par le Théâtre de l'Odéon en 1877 avant d'être transférée au Théâtre du Châtelet en raison de l'ampleur de la mise en scène requise, est créée le 17 novembre 1880 en présence de Verne lui-même, coécrite avec le dramaturge à succès Adolphe d'Ennery dont la collaboration, d'abord acceptée à contrecœur par Verne, donne naissance à l'un des plus grands succès théâtraux populaires du siècle, porté par des décors et des ballets d'une ampleur spectaculaire inédite pour l'époque. Cette collaboration avec d'Ennery, dramaturge alors considéré comme le maître incontesté du mélodrame populaire à grand spectacle, permet à Verne d'accéder à une reconnaissance théâtrale que ses propres tentatives dramatiques antérieures, plus modestes, n'avaient jamais atteinte, faisant de cette pièce l'un des sommets de sa carrière au théâtre. Les décors monumentaux conçus par plusieurs des meilleurs décorateurs de scène parisiens de l'époque, Chéret, Rubé, Chaperon et Lavastre, contribuent directement au succès populaire retentissant de cette adaptation, qui restera à l'affiche pendant de nombreuses années après sa création initiale. Cette pièce reste aujourd'hui un témoignage précieux sur les spectacles à grand déploiement scénique caractéristiques du théâtre populaire parisien de la fin du XIXe siècle, genre aujourd'hui largement disparu mais qui connut alors un succès public considérable. Elle demeure un jalon marquant dans l'histoire du théâtre populaire français.