Réfugié en exil après le coup d'État du 2 décembre 1851 par lequel Louis-Napoléon Bonaparte s'empare du pouvoir en violant la constitution qu'il avait juré de défendre, Victor Hugo rédige en 1852 ce pamphlet cinglant qui ridiculise le nouvel empereur en l'affublant du surnom qui donne son titre au livre. Arrestations arbitraires, presse muselée, opinion manipulée : Hugo y dresse un réquisitoire précis contre la dérive autoritaire du Second Empire, texte interdit en France mais introduit en fraude et recopié à la main, qui restera l'un des brûlots politiques les plus célèbres de la littérature française. Publié clandestinement à Bruxelles le 7 août 1852, le jour même où Hugo débarque en exil à Jersey, l'ouvrage paraît en deux formats distincts, un grand format destiné à la diffusion internationale et un petit format in-32 spécialement conçu pour faciliter la contrebande vers la France, où, selon Alexandre Dumas lui-même, des exemplaires auraient été introduits dissimulés à l'intérieur de bustes du prince-président. Le pamphlet connaît un succès retentissant, atteignant trente-huit mille cinq cents exemplaires dès la fin de l'année et traduit en plusieurs langues, jusqu'à circuler à environ un million d'exemplaires dans le monde entier, devenant l'un des textes politiques les plus diffusés clandestinement de tout le XIXe siècle. Ce texte, rédigé dans la fureur de l'indignation morale et politique consécutive au coup d'État, inaugure la longue période d'exil de Hugo, d'abord à Jersey puis à Guernesey, pendant laquelle il compose également Les Châtiments, recueil poétique tout aussi virulent contre le régime impérial honni. Ce texte demeure aujourd'hui un témoignage historique de première main sur la manière dont un intellectuel majeur de son temps a vécu et combattu, depuis l'exil, ce qu'il considérait comme une trahison des principes républicains par un coup de force personnel. Ce pamphlet reste un modèle du genre pour sa verve indignée et son efficacité rhétorique.