Le Paysan parvenu (1734-1735), roman resté inachevé que Marivaux publie par livraisons successives sans jamais l'achever complètement, raconte sous forme de mémoires rédigés à la première personne par le narrateur lui-même devenu âgé, l'ascension sociale de Jacob, jeune paysan d'origine modeste mais doté d'une intelligence naturelle, d'un charme physique et d'une habileté sociale remarquables qui lui permettent de gravir méthodiquement les échelons de la société parisienne du XVIIIe siècle, principalement grâce à la séduction successive de plusieurs femmes plus âgées et mieux établies socialement qui tombent sous son charme et favorisent son ascension par intérêt sentimental autant que par reconnaissance de ses qualités personnelles réelles. Marivaux y développe, à travers cette ascension sociale fondée sur la séduction calculée mais jamais totalement cynique, une réflexion originale sur la distinction naturelle qui transcende les seules conventions de naissance et de fortune, Jacob parvenant à s'imposer et à séduire par sa seule grâce naturelle et son intelligence innée malgré l'absence complète des atouts sociaux habituellement nécessaires à la réussite dans cette société très hiérarchisée, tout en conservant un regard lucide et parfois ironique sur ses propres stratégies de séduction ascensionnelles qu'il analyse lui-même avec une franchise rare pour un narrateur de son époque. Ce roman, qui provoque un certain scandale à sa parution en raison du cynisme social assumé de son narrateur-héros peu soucieux de dissimuler le caractère intéressé de ses conquêtes amoureuses successives, reste néanmoins l'une des œuvres les plus originales de Marivaux par sa narration à la première personne d'une sophistication psychologique remarquable, complémentaire de son œuvre théâtrale mieux connue du grand public. Par sa peinture cynique mais lucide de l'ascension sociale par la séduction, Le Paysan parvenu demeure l'un des romans les plus originaux de Marivaux. Ce roman inachevé, dont Marivaux abandonne la rédaction après plusieurs livraisons sans jamais en révéler la raison exacte à ses lecteurs impatients, reste un témoignage précieux et rare d'une narration à la première personne explorant avec une lucidité inhabituelle pour l'époque les mécanismes intéressés de l'ascension sociale par la séduction.