Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux naît en 1688 à Paris dans une famille de robe, et mène d'abord des études de droit avant de se consacrer à l'écriture, ruiné en 1720 par l'effondrement du système financier de Law auquel il avait imprudemment confié une partie de sa fortune personnelle, revers qui le contraint désormais à vivre exclusivement de sa plume, notamment pour le théâtre et le journalisme. Marivaux s'impose rapidement comme l'auteur comique le plus original de son temps grâce à des comédies d'une grande finesse psychologique consacrées presque exclusivement à la naissance et aux atermoiements du sentiment amoureux, procédé de dévoilement progressif et subtil des émotions qui donnera naissance au terme resté célèbre de « marivaudage » pour désigner ce jeu raffiné de galanterie verbale où les personnages se dérobent et se découvrent tour à tour derrière des déguisements ou des quiproquos soigneusement orchestrés. Ses plus grandes comédies, Le Jeu de l'amour et du hasard, La Double Inconstance ou Les Fausses Confidences, mettent en scène des jeunes gens de conditions sociales parfois inversées par déguisement qui apprennent à se connaître et à s'aimer sincèrement au-delà des apparences sociales trompeuses, dans une réflexion subtile sur l'authenticité du sentiment face aux conventions de classe. Marivaux s'illustre également comme romancier novateur avec La Vie de Marianne et Le Paysan parvenu, romans inachevés menés à la première personne qui explorent avec une acuité psychologique précoce l'ascension sociale et la formation de la conscience individuelle chez des héros d'origine modeste confrontés aux préjugés de la haute société. Rival malheureux de Voltaire à l'Académie française, où il n'est finalement élu qu'en 1742 après plusieurs tentatives infructueuses, Marivaux voit sa réputation décliner dans la seconde partie de sa vie face à l'essor du théâtre plus sérieux et moralisateur du siècle des Lumières naissant, avant de connaître une éclipse relative après sa mort en 1763. Ce n'est qu'au XXe siècle que la critique redécouvrira pleinement la profondeur psychologique et la modernité de son théâtre, désormais considéré comme l'un des sommets de la comédie française entre le classicisme de Molière et les Lumières.