SCÈNE III
Devant une grotte.
Entrent Pelléas et Mélisande.
PELLÉAS, parlant avec une grande agitation.
Oui; c'est ici, nous y sommes. Il fait si noir que
l'entrée de la grotte ne se distingue pas du reste
de la nuit… Il n'y a pas d'étoiles de ce côté.
Attendons que la lune ait déchiré ce grand
nuage; elle éclairera toute la grotte et alors nous
pourrons entrer sans danger. Il y a des endroits
dangereux et le sentier est très étroit, entre
deux lacs dont on n'a pas encore trouvé le fond.
Je n'ai pas songé à emporter une torche ou une
lanterne, mais je pense que la clarté du ciel
nous suffira.—Vous n'avez jamais pénétré dans
cette grotte?
MÉLISANDE.
Non…
PELLÉAS.
Entrons-y… Il faut pouvoir décrire l'endroit où
vous avez perdu la bague, s'il vous interroge…
Elle est très grande et très belle. Elle est pleine
de ténèbres bleues. Quand on y allume une
petite lumière, on dirait que la voûte est couverte
d'étoiles, comme le ciel. Donnez-moi la main, ne
tremblez pas, ne tremblez pas ainsi. Il n'y a pas
de danger: nous nous arrêterons au moment que
nous n'apercevrons plus la clarté de la mer…
Est-ce le bruit de la grotte qui vous effraie?
Entendez-vous la mer derrière nous?—Elle ne
semble pas heureuse cette nuit… Ah! Voici
la clarté!
La lune éclaire largement l'entrée et une
partie des ténèbres de la grotte; et l'on aperçoit,
à une certaine profondeur, trois vieux
pauvres à cheveux blancs, assis côte à
côte, se soutenant les uns les autres, et endormis
contre un quartier de roc.
MÉLISANDE.
Ah!
PELLÉAS.
Qu'y a-t-il?
MÉLISANDE.
Il y a… Il y a…
Elle montre les trois pauvres.
PELLÉAS.
Oui, oui; je les ai vus aussi…
MÉLISANDE.
Allons-nous en!… Allons-nous en!…
PELLÉAS.
Ce sont trois vieux pauvres qui se sont endormis…
Pourquoi sont-ils venus dormir ici?… Il y
aura une famine dans le pays.
MÉLISANDE.
Allons-nous en!… Venez… Allons-nous en!…
PELLÉAS.
Prenez garde, ne parlez pas si fort… Ne les
éveillons pas… Ils dorment encore profondément…
Venez.
MÉLISANDE.
Laissez-moi; je préfère marcher seule…
PELLÉAS.
Nous reviendrons un autre jour…
Ils sortent.
SCÈNE III
Devant une grotte.
Entrent Pelléas et Mélisande.
PELLÉAS, parlant avec une grande agitation.
Oui; c'est ici, nous y sommes. Il fait si noir que
l'entrée de la grotte ne se distingue pas du reste
de la nuit… Il n'y a pas d'étoiles de ce côté.
Attendons que la lune ait déchiré ce grand
nuage; elle éclairera toute la grotte et alors nous
pourrons entrer sans danger. Il y a des endroits
dangereux et le sentier est très étroit, entre
deux lacs dont on n'a pas encore trouvé le fond.
Je n'ai pas songé à emporter une torche ou une
lanterne, mais je pense que la clarté du ciel
nous suffira.—Vous n'avez jamais pénétré dans
cette grotte?
MÉLISANDE.
Non…
PELLÉAS.
Entrons-y… Il faut pouvoir décrire l'endroit où
vous avez perdu la bague, s'il vous interroge…
Elle est très grande et très belle. Elle est pleine
de ténèbres bleues. Quand on y allume une
petite lumière, on dirait que la voûte est couverte
d'étoiles, comme le ciel. Donnez-moi la main, ne
tremblez pas, ne tremblez pas ainsi. Il n'y a pas
de danger: nous nous arrêterons au moment que
nous n'apercevrons plus la clarté de la mer…
Est-ce le bruit de la grotte qui vous effraie?
Entendez-vous la mer derrière nous?—Elle ne
semble pas heureuse cette nuit… Ah! Voici
la clarté!
La lune éclaire largement l'entrée et une
partie des ténèbres de la grotte; et l'on aperçoit,
à une certaine profondeur, trois vieux
pauvres à cheveux blancs, assis côte à
côte, se soutenant les uns les autres, et endormis
contre un quartier de roc.
MÉLISANDE.
Ah!
PELLÉAS.
Qu'y a-t-il?
MÉLISANDE.
Il y a… Il y a…
Elle montre les trois pauvres.
PELLÉAS.
Oui, oui; je les ai vus aussi…
MÉLISANDE.
Allons-nous en!… Allons-nous en!…
PELLÉAS.
Ce sont trois vieux pauvres qui se sont endormis…
Pourquoi sont-ils venus dormir ici?… Il y
aura une famine dans le pays.
MÉLISANDE.
Allons-nous en!… Venez… Allons-nous en!…
PELLÉAS.
Prenez garde, ne parlez pas si fort… Ne les
éveillons pas… Ils dorment encore profondément…
Venez.
MÉLISANDE.
Laissez-moi; je préfère marcher seule…
PELLÉAS.
Nous reviendrons un autre jour…
Ils sortent.