Ce volume publié par le Mercure de France en 1899 rassemble quatre courts textes d'André Gide de facture et d'époque très différentes : Philoctète et El Hadj, inédits jusqu'alors, aux côtés du Traité du Narcisse déjà paru en 1891 et de La Tentative amoureuse publiée en 1893, réunis pour la première fois en un seul recueil tiré à trois cents exemplaires numérotés sur papier vergé d'Arches. Philoctète, qui donne son titre à l'ensemble, reprend le mythe antique du guerrier abandonné sur une île déserte à cause d'une blessure purulente, dont Ulysse et Néoptolème viennent réclamer l'arc magique indispensable à la victoire grecque devant Troie ; Gide y transforme le dilemme moral cornélien de Néoptolème, tiraillé entre la loyauté envers sa patrie et le refus de tromper un homme déjà si cruellement éprouvé par le sort, en une méditation personnelle sur l'authenticité, le mensonge nécessaire et la fidélité à soi-même. Le Traité du Narcisse, texte théorique fondateur de l'esthétique symboliste de Gide, développe une réflexion sur le mythe narcissique comme allégorie de la contemplation artistique de soi, tandis que La Tentative amoureuse et El Hadj explorent, chacun à leur manière, les tensions entre désir sensuel et exigence morale caractéristiques de toute l'œuvre gidienne de jeunesse. Ce recueil composite offre ainsi un précieux panorama des préoccupations esthétiques et morales du jeune Gide avant les grands récits de sa maturité comme L'Immoraliste ou La Porte étroite. Cette réunion tardive de textes composés à des moments différents de la jeunesse littéraire de Gide, entre 1891 et 1899, permet au lecteur de suivre l'évolution de sa pensée esthétique et morale sur près d'une décennie, du symbolisme narcissique de ses tout débuts jusqu'à la réflexion plus mûre sur le mensonge et la fidélité à soi qui traverse Philoctète. Ce recueil reste une lecture précieuse pour qui souhaite comprendre la genèse intellectuelle de Gide.