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Classiquesen Ligne
Marcel Proust
Sodome et Gomorrhe
MCMXXI
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Source : Wikisource
XXe siècle · 1921

Sodome et Gomorrhe

1921Roman Français Roman
SociétéJustice

Sodome et Gomorrhe (1921-1922), quatrième volume du cycle À la recherche du temps perdu, s'ouvre sur la révélation stupéfiante par le narrateur de l'homosexualité du baron de Charlus, personnage aristocratique jusqu'alors admiré pour sa distinction raffinée, révélation qui inaugure toute une réflexion proustienne d'une audace et d'une profondeur psychologique inédites pour son époque sur l'homosexualité masculine et féminine dans la société française du début du XXe siècle, thématique développée avec une franchise remarquable compte tenu des tabous sociaux considérables qui pesaient alors sur ce sujet. Ce volume voit également se développer la passion tourmentée et de plus en plus obsessionnelle du narrateur pour Albertine, rencontrée dans le volume précédent, dont la jalousie maladive qu'elle inspire au narrateur, notamment liée aux soupçons persistants sur son éventuelle homosexualité ou bisexualité, préfigure directement le développement encore plus torturé de cette relation dans les volumes suivants du cycle, La Prisonnière et Albertine disparue. Proust y déploie une fois de plus sa méthode d'analyse psychologique et sociale d'une précision et d'une subtilité inégalées, disséquant méthodiquement les mécanismes du désir homosexuel dissimulé sous les conventions sociales de son époque avec une audace thématique remarquable pour la littérature française du début du XXe siècle, tout en poursuivant sa réflexion caractéristique sur la jalousie amoureuse comme moteur fondamental de la connaissance et de la souffrance humaines. Par l'audace de son exploration de l'homosexualité et l'approfondissement de la passion pour Albertine, ce quatrième volume marque une étape cruciale dans le développement thématique du cycle proustien, en préparant directement les tourments de la jalousie qui domineront les deux volumes suivants. Le titre du volume renvoie explicitement au récit biblique des villes détruites pour leurs mœurs jugées coupables, référence que Proust file tout au long du texte pour éclairer sa réflexion sur l'homosexualité comme identité dissimulée et socialement condamnée dans la France de la Belle Époque.