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Classiquesen Ligne

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Depuis deux jours, le Southern Pacific roule dans la poussière. Avant-hier, c’était encore le domaine du coton et de la canne à sucre. C’étaient les grands arbres avec les lianes et les lichens gris qui donnent aux paysages de la Louisiane une si intense mélancolie. C’étaient les flaques d’eau sous le feuillage et les rives dorées des « bayous » où les alligators se chauffent au soleil. Puis la végétation s’est faite rare et le bon sourire satisfait a disparu sur les visages nègres. Le Texas est une terre de labeur.

Un instant, sur la gauche, est apparu le Rio Bravo del Norte, dont il est si souvent question dans les récits mexicains. À El Paso nous avons touché les domaines du président Porfirio Diaz. La ville américaine et la ville mexicaine se font vis-à-vis ; un tramway international court de l’une à l’autre et les garnisons qui lisent, pour se distraire, les récits héroïques du passé, éprouvent bien, de temps en temps, une toute petite démangeaison belliqueuse ! El Paso, c’est la « frontière de l’Est » des Yankees.

Ses clochers ont disparu dans un nuage blanc. Il n’y a plus à présent qu’une solitude lamentable, vaste étendue de sable semée de broussailles jaunes ; de petites montagnes ramassées, rougeâtres, aux dentelures farouches, y sont assises comme pour un conciliabule infernal. Pas un arbre, pas une source ; de temps à autre un hameau désolé ; toute cette nature a l’air méchant ; elle décourage les hommes venus pour la dompter. C’est l’heureux privilège de la terre californienne de ne se laisser approcher qu’à travers des régions maudites et alors, que l’on arrive par la vallée de Sacramento ou par celle de Los Angeles, on est saisi et charmé, au quatrième réveil, par la grande lumière qui s’épand sur les choses et qui leur donne un relief et des contours de paradis terrestre… Dans ces deux vallées toute l’histoire de la Californie a tenu : la conquête pacifique et la conquête armée, les missions et les mines, l’or et la culture.