Scène IV
Enfin, Yvonne ! Ah ! dans quelle inquiétude tu m’as mis ! (no 3).
Arrière, monsieur… (no 2).
Hein !
Ne vous méprenez pas sur le motif de notre présence ici !
Mais…
Ah ! vous avez cru que cela se passerait ainsi ! Non ! Je sais quels devoirs mon rôle de mère m’impose !…
Aïe !… Si elle s’en mêle !
Mon gendre, puisque tant est que vous l’êtes, je vous ramène votre femme.
Hein ! Ah ! belle-maman, voilà un beau mouvement !
Arrière donc !… Ce n’est pas comme vous l’entendez !… Nous avons longuement réfléchi, ma fille et moi, et voici ce que nous avons décidé.
Parbleu, si votre fille vous a écoutée, ça va être joli !
Il n’y aura plus rien de commun entre votre femme et vous…
Là… qu’est-ce que je disais ?
J’avais d’abord pensé à me retirer avec ma fille chez moi… C’est ainsi que nous avons passé cette nuit au Grand Hôtel… chambre 432… au quatrième sur la place. Mais il ne convient pas que nous soyons livrées aux commentaires du monde. Ma fille vivra sous le même toit que vous ! Pour sauver les apparences.
Oui ? Oh ! bien, je me charge bien, une fois seul avec ma femme…
Et j’habiterai avec elle !…
Hein !
Pour être son conseil et son défenseur.
Ah bien ! ça va être gai !
Nous ferons absolument ménage à part, nous prendrons chacun une moitié de l’appartement. (Montrant l’appartement de Moulineaux.) Ceci, côté des hommes… Ceci côté des dames, ici, salle mixte !
Oui, pour les parlementaires…
Voilà comme j’entends régler notre existence et apporter la paix dans le ménage.
Ah bien ! je vous fais mon compliment… (Éclatant.) Mais c’est fou, voyons !… On n’a pas idée de ça ! car enfin, que me reproche-t-on, au bout du compte ?… Oui, enfin, dis-le, Yvonne, que me reproches-tu ?
Moi ?
Ne réponds pas, Yvonne !
Ah ! bien ! vous allez la laisser parler, vous, par exemple !…
Pas d’emportement, monsieur !
Comment, monsieur, vous avez le front de me demander ce que j’ai à vous reprocher ?
Oui, il a le front…
Je ne vous parle pas, à vous !…
D’abord, je vous prie de parler plus poliment à ma mère.
Ce sera bien pour vous, par exemple… Eh bien ?
Comment, je vous surprends dans un magasin de couture en tête à tête avec une femme, l’étreignant contre votre poitrine.
Pardon, elle n’était pas à moi !
Qui ?
La femme ! On venait de me la passer.
Vraiment, et c’est pour cela que vous la serriez dans vos bras ?
Moi ? oh ! non, si tu avais regardé… je ne serrais pas !
Je vous dis que vous la serriez dans vos bras et elle s’y trouvait mal !…
Ah ! tu vois bien… elle s’y trouvait mal… Voilà qui te prouve suffisamment…
Allons donc… vous courez après les couturières…
Et vous me les présentez comme des clientes !…
Mais non, ça, c’est autre chose ! Ne mêlons pas. (À madame Aigreville.) La femme que vous avez vue, c’est madame Aubin, la femme de M. Aubin. Tandis que l’autre…
C’est la femme à qui ? (no 1.)
À M. Aubin.
Oui ? Alors il est bigame ?
Voilà !… Euh, mais non, mais non ! oh ! il n’y a pas moyen de s’entendre ! (À madame Aigreville.) Aussi c’est vous qui embrouillez les choses. De quoi vous mêlez-vous, après tout ! Est-ce que ça vous regarde ?
Comment, de quoi je me mêle !
Vous vous immiscez là dans notre vie privée… Ce n’est pas vous que j’ai épousée, n’est-ce pas ? Donc, je n’ai d’explications à donner qu’à ma femme et je n’ai pas besoin de vous.
N’espérez pas que je vous laisse avec Yvonne !… Merci ! la pauvre enfant, dans vos filets !
Dans mes filets ! dans mes filets !… Les grands mots !… Je vous dis que je veux causer seul avec ma femme, il me semble que j’en ai le droit !
Non !
Oh !
Ma mère, consentez à ce qu’il demande… Que monsieur n’ait rien au moins à nous reprocher !
Mais je te connais, tu vas te laisser entortiller !
Ne craignez rien.
Soit, je vous laisse. Vous ne direz pas que je n’y mets pas du mien… Et toi, ne plie pas !… (À part.) Ah ! la pauvre enfant ! dire que si je n’étais pas là… elle serait déjà réconciliée !… (Faisant la moue à Moulineaux.) Hou !