Scène V
Écoute, Yvonne, oublie un moment que tu as une mère et crois-moi… Ces deux femmes, c’est le secret de M. Aubin et pas le mien. Je ne les connais pas… Quand je te dirai que ce sont deux… deux sujets, là… J’ai été appelé là-bas comme médecin… pour un cas pathologique très curieux… de la médecine comparée. Je ne peux pas t’expliquer cela, c’est de la science, il faut des études spéciales. Mais crois-moi, c’est absolument fini… Tu m’as surpris en train de faire une expérience… Elle n’a pas réussi !… et je l’ai abandonnée.
Cela vous est facile à dire à présent !
Est-ce que c’est bientôt fini ?
Mais non… Quand ce sera fini, on vous appellera.
Ne le crois pas, tu sais !
Peste, va ! (À Yvonne, très doux.) Je t’assure que tout ce que je te dis est vrai. (À part.) Il est des cas où un galant homme a le devoir d’altérer la vérité.
Oh ! si je pouvais vous croire !
Mais crois-moi donc !
Oh ! ce serait si bon, la confiance !… mais voilà, je ne peux pas… vous devez me mentir.
Mais non, qu’est-ce qui te fait croire ça ?
C’est maman !
Ah ! ta mère… ta bonne petite mère… Mais ça n’est pas une raison, ta mère !…
Alors vous oseriez prêter serment… ?
Mais…
Oh ! pour convaincre ma mère… Jurez-moi que vous me dites la vérité…
Elle est assommante, sa mère ! (Levant la main.) Je jure que c’est la vérité ; toute la vérité, rien que la vérité… (À part.) Oh ! ça, oui, par exemple.
Oh ! merci… Alors la dame avec qui je vous ai vu, vous ne la connaissez pas ?
C’est-à-dire que si tu me trouves encore avec elle, je te permets de penser ce que tu voudras ! là ! Tu pardonnes ?
Oh ! non… non, pas comme ça… plus tard… Quand maman sera partie.
Embrasse-moi, au moins !
Ah ! ça, c’est autre chose.