Scène VIII
N’allons-nous pas avec eux ?
Ne nous inquiéterons-nous pas plutôt d’apaiser et d’honorer la Pauvreté, qui vient d’être si mal reçue ?
Oui, la prudence le conseille ; mais… où aura-t-elle passé ?
Elle est rentrée là, elle va en sortir, et nous la reconduirons avec respect jusqu’à la dernière borne de vos champs.
Mais… si elle est sortie par l’autre porte du bois sacré ?
Non ; le chemin est coupé par une saignée qu’on y a faite hier, et qui n’est pas encore recouverte.
Elle aura pu prendre sur la gauche, dans les vignes ?
Non, il y a là des arbres abattus qui empêchent de passer.
Mais… le long du ruisseau ?
Les bœufs, en allant boire, ont piétiné tout le rivage, il n’y a plus trace de sentier.
Il faut donc l’attendre ici ? Je l’attendrai. Ne portes-tu pas cette gerbe à la maison ?
Si j’ai peur, j’invoquerai cette déesse.
Mais… si elle est déjà partie ?
Tu disais qu’elle ne pouvait sortir que par cette porte ?
Myrto ! … laisse-moi rester près de toi…
Tu aimes donc la société de l’ennemi ? Ignores-tu que je te hais ?
Tiens, frappe-moi si c’est ton plaisir ; mais ne me dis pas de te quitter.
Bactis, mon cher Bactis !… Mais, non ! je suis menteuse, je suis cruelle ! j’aime à faire souffrir, j’ai la perfidie de Circé et la flatterie des sirènes. Fuis-moi, je suis la plus funeste des créatures !
Myrto !… rêve de mes nuits, aiguillon de ma douleur, pardonne !
Tu m’aimais donc, ô le plus fourbe des étrangers ?
Et tu ne le voyais pas !
Lequel de nous était le plus aveugle ?
Chère Myrto ! …
Aime-moi beaucoup pour attendrir les dieux !
Reprends ta gerbe, ma mère doit m’attendre.