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Classiquesen Ligne

Scène II

Les Mêmes, GILBERTE, ANDRÉE, JEANNINE, puis YVONNE.
GILBERTE, s’approchant des joueurs.

Le jeune Galichet avait fait le serment de ne pas jouer ce soir… Il me l’a juré cet après-midi même au tennis.

ANDRÉE.

J’en suis témoin !

JEANNINE.

Moi aussi !

BERTRAND D’AVRON.

Le jeune Galichet ne répond rien… parce qu’il est poli. Mais je me doute bien de ce qu’il a envie de répondre.

GILBERTE.

Que nous l’ennuyons sans doute ?

BERTRAND D’AVRON, entre ses dents.

Presque…

GALICHET.

Mesdemoiselles, je joue encore une heure et je vous promets d’aller danser avec vous.

BERTRAND D’AVRON, pénétré.

Oui… S’il gagne, dans une heure, il s’en ira en nous disant solennellement qu’il vous a promis de vous faire danser. Mais s’il perd, soyez tranquilles, il restera avec nous jusqu’à l’aube.

ANDRÉE.

Qui est-ce qui gagne ?

BERTRAND D’AVRON.

Personne. Tout le monde perd.

LE DOCTEUR.

Servi.

BERTRAND D’AVRON.

Trois.

GILBERTE.

M. d’Avron vient de gagner le dernier coup. Je lui porte chance ! Il va me demander de rester derrière lui.

BERTRAND D’AVRON, très aimable.

Oui, mademoiselle ; restez derrière moi. (Plus bas.) Comme ; ça, j’aurai un peu moins d’air dans les jambes.

LE DOCTEUR.

Cent francs…

BERTRAND D’AVRON.

Ah ! zut ! Il faut que je tienne trois rois.

LE DOCTEUR.

Brelan d’as. Eh bien, mesdemoiselles, mademoiselle Herbelier n’est donc pas avec vous ?

GILBERTE.

Yvonne ? La voici qui vient… Yvonne !

YVONNE, entrant par le fond.

Les joueurs, maman me charge de vous dire que tout est prêt au fumoir et que vous pouvez aller vous y installer.

BERTRAND D’AVRON.

Tout de suite. Ramassez, docteur, selon votre excellente habitude, et allons y.

MADAME GAUDIN, se levant.

Elles sont charmantes, ces jeunes filles.

BERTRAND D’AVRON, se levant.

Oui… Laissons-les aux plaisirs de leur âge.

Madame Gaudin sort la première.
GILBERTE, à Galichet.

Alors, monsieur Galichet, dans une heure ?

GALICHET, se levant.

Dans une heure.

BERTRAND D’AVRON.

Serment de Galichet !… Le docteur est le dernier levé. Il n’en finit pas de ramasser son trésor… Il ne donnera pas de consultation demain. On ne lui demandera plus de consultation que sur le moyen de gagner au poker. Mais il garde ça pour lui.

LE DOCTEUR.

Si vous croyez que c’est en bavardant que vous me regagnerez tout ça.

BERTRAND D’AVRON.

Au moins en bavardant, je ne vous en donne pas davantage.

Ils sortent.
JEANNINE.

Qu’est-ce qu’on va faire ?

GILBERTE.

En attendant qu’il vienne du danseur, jouons à un petit jeu quelconque, comme des petites filles bien sages.

YVONNE.

Quel jeu ?

GILBERTE.

Ce jeu renouvelé, qui amusait maman dans son enfance, la sellette. C’est vous qui sortez. Nous disons chacune une phrase sur votre compte, et vous devinez qui a pu dire chaque phrase.

YVONNE.

Vous en trouverez de méchantes choses sur moi !

GILBERTE.

Sortez toujours… Il arrivera ce qui arrivera. Madame Herbelier parait au fond.